8 - Réflexions périphériques


 
 
 
 

                8-1  Le   SEL et  le  Jura                     dec  2010

                                                                                  Ou

                       

                                             Les  MAISTRES  DU  SEL

                                                                                                             Par Claude Delas

 

 

 

                                                                                                                                                      

 

                         

Le Jura est un site géologique et montagneux  qui s’est formé par le glissement et surrection des formations géologiques post-hercyniennes, essentiellement des calcaires cassants d'âge dit jurassique , dans le tohu-bohu de l’orogénie alpine, au dessus du Trias argilo-évaporito-salifère, qui a opéré comme une savonnette dans ces mouvements. Avec l'orogénie alpine essentiellement tertiaire ancien  cet ensemble devint une montagne à 3 plateaux, séparés par  4 failles du socle, coincé en N.S. entre le statique vosgien qui a réglé son problème avec l’effondrement complexe de l’Alsace et la turbulente voisine sud dite Alpes et à l'ouest par notre Bassin parisien qui se termine dans la dépression de la Saône. Une partie des phénomènes d'érosion qui ont suivi est influencée par cette présence du sel en sous-sol, par exemple les diverses reculées qui émaillent la première faille occidentale, en particulier vers  Lons le Saunier, vers Salins les Bains et leurs sources d'eau salée.

            On peut dire que le Sel est le premier Maistre du Jura : il lui a façonné un relief accueillant à qui veut travailler mais hostile au passages abondants, des prairies, des arbres divers et du coup  un bon potentiel pour  l'élevage. En plus il fournit une matière première indispensable à la vie , le SEL

 

            Va suivre une aparté sur le sel et ses maistres humains et leur rôle continu dans l'histoire du Jura y compris au temps de César en soutenant  l'idée  que le Jura, depuis le néolithique est un lieu de vie et de passage et que le sel, élément très utile à l’Homme y est présent et exploité depuis des temps reculés comme le pétrole l'a été  et l'est d'ailleurs sous d'autres cieux, de nos jours.  Cette matière première  a contribué à leur richesse. César, qui avait côtoyé  les Séquanes qui l’habitaient, devait en avoir une certaine connaissance, n'en dit mot.

Ce n'est pas une raison pour que nous l'oublions. Aujourd’hui il n’y a plus d’industrie du sel dans le Jura, un seul petit bémol pour les thermes de Salins le Bains en activité avec l'hôtel des Bains.

 

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Revenons aux temps pré-actuels celtiques et romains, qui nous concernent,  nous qui nous interrogeons sur la position d’Alésia, cité ou oppidum celte célèbre un peu avant les évènements décrits dans la Bataille d’Alésia par Jules César : Un point mentionné  par Dion Cassius, historien géographe grec, était que Alésia était une ancienne cité celte et un centre religieux  réputé, disons 2 siècles avant le passage de César.

 

Ceci m'a conduit à rechercher les raisons qu'ont eues les Celtes pour s'installer dans le  dans le site de Chaux des Crotenay . Les routes stratégiques actuelles ne passent pas par là. Le terrain n’est pas accueillant, et forme une barrière; mais il y fait bon vivre.

 Depuis l’ère des Mérovingiens cette partie du Jura a été un lieu de rivalités jusqu’à Louis XV.

 

 Pourquoi  le SEL ne serait-t-il pas une explication ?

 

Il y a deux  sites exploités, celui de Lons le Saunier et celui de Salins où sortent, issues du sel triasique sous-jacent, deux sources chargées à 300 g/l de sel, l’une est à fleur de terre à Lons le Saunier, l’autre à Salins les bains est d’origine plus profonde, progressivement depuis 6m jusqu'à 240 m selon la puissance de  pompe, mais ne débite correctement ( salinité et débit) que par assistanat/ exhors, mais elle en est d’autant plus prolifique. Il semble que ces sources aient déjà été utilisées par les Celtes qui ont eu besoin de sel. Des indices de cette présence celte existent; je  ne citerai que Chaux des Crotenay et sa cité celte et entre Salins et Chaux des Crotenay-Champagnole, la présence de tas de pierres ou d'édifices pierreux dits celtes ou pré-celtes que les locaux chiffrent à 40 000 en  se recopiant sans comptage nouveau  et qui existent encore ainsi que des vestiges néolithiques. Il y en, a dit-on dans les 500 dit-­on en Franche-Comté  dont ceux d' Alaise, et sans parler  des villages lacustres sur pilotis des lacs de Chalain- Clairvaux datés néolithique moyen ou 3600 à 800 avant J.C. et dont ceux de Chaux des Crotenay en cours de recensement. J'y reviendrai.

 

Remarque importante : Il y a ambiguïté dans certains textes entre Salins les Bains dans le Jura et Salins les Thermes en Savoie

Les sources salées de Salins les Thermes ont une origine géologique et une histoire très similaires à celles de Salins les Bains ; d’où des confusions possibles que je ne suis pas sûr de les avoir toutes maîtrisées..

 

   Pourquoi les Celtes ont­ ils construit  ce que nous avons appelé   Chaux des Crotenay  aujourd’hui et Alésia au temp de César ?  

       

                

 

Comme tout ce qui relève de l’influence des Druides, il n’y a guère de traces interprétables : pas d’écrits, pas de sculptures en pierre, des constructions énigmatiques. A Chaux des Crotenay  on trouve  la Voie Sacrée, les murailles et ce qui restait des portes il y a 50 ans en partie détruits aujourd’hui avec notre civilisation des tracteurs, plus des édifices de qualité: Ces portes, et surtout celle située à l'E.S.E, évoquent de façon claire la vieille conception défensive des accès tels qu'on peut les distinguer dans les ruines des fortifications antiques, comme par exemple à Mantinée en Grèce; les édifices situés vers la source de la Saine sont de bonne facture, et non des tas de pierres, mais pas forcément des sépultures. La Voie Sacrée, superbe, que j'ai observée avec mon groupe vers 1990  était composée à Cornu de grandes dalles de pavements sur 3 bons mètres de large ainsi que les mêmes en 2 bordures verticales et cela sur plus de 100 m de long. A court de pellicule je n'ai pas de  photos. Dommage car ces vestiges, victimes des bulldozers , étaient réduits en tas informe en l'an 2000.  Il existe aussi des vestiges de constructions bâties avec soin qui ont été cataloguées comme religieuses et celtes par le professeur Berthier  au lieu dit les Abattois de Chaux des Crotenay, comme le montre la photo de J.C. Garillière.



 

             

 

 

  Le terme oppidum est probablement impropre pour en qualifier Alésia dans notre entendement actuel et comme déjà aux temps de César car la civilisation des oppidums fortifiés ne se serait répandue que  un siècle avant César. Alors à ses débuts, Chaux des Crotenay/ Alésia est plutôt un site de vie commerçant ou de passage ou religieux, vaste et qui n’est  fortifié  que sur certains points spécifiques.

  Il me semble que ce lieu, qu’il soit passage ou site religieux ou les deux, ait été un bon choix pour une activité humaine: Il  a été  occupé aux temps médiévaux par les barons de Poupey, feudataires des seigneurs de Salins pour commander la Route du sel vers les pays latins qui  achètent leur sel comme leurs cochonnailles. A Crotonacum, nom romain, après Alésia,  de Chaux des Crotenay à la fin du IVème siècle passait déjà (selon le docteur René Chambellan,1937), la route romaine du sel vers la Suisse depuis Salins et qui débouchait à Pont de Chaux, route reprise par  Jean de Chalon dit l'Antique.

 

 

                       

L’Histoire humaine de ces montagnes aux temps des Mandubiens ou des Séquanes est muette quelque soit le sujet. César ne traite que de son affaire militaire, je le comprends  et à part Dion Cassius qui les mentionne au passage, personne d'autre n'en parle.

 Rappelons  que les Séquanes étaient un très grand et puissant peuple  qui  s'étendait  du Nord de l'Alsace au Rhône. Les Romains adopteront leur capitale Besançon pour la leur, bien placée et facile à défendre. Ils en feront une des grandes villes de leurs temps, En raison de leur déclin, les derniers empereurs et le Primat Aetius  durent s'adjoindre l'assistance de leurs vassaux puis alliés Burgondes pour  défendre l'Empire contre les attaques d'autres Germains dont les Alamans . Ils prirent progressivement de l'importance, jusqu'à reformer un royaume (voir plus loin).

Remarque :

                        Lorsque nous disons "Germains", cela s'adresse plutôt à des barbares au sens  romain, qui ont disparu ou migré ailleurs comme les Wisigoths, les Vandales ou ont été avalés come les Ubiens. Les Francs et les Burgondes se sont fondus dans les ruines de l'Empire romain et ont su refaire deux entités : la France et le saint Empire Germanique, issu de Charlemagne, noyau de l'Europe actuelle.

 J'ajouterais que lorsque nous parlons des Gaulois , sous la république romaine, cela englobe plutôt les Gaulois trans-alpins mais que les Gaulois cisalpins étaient de même ethnie bien qu' autrement influencés.

 

 

 

 

  A partir de Clovis ,  la Séquanie, la Burgondie sont rattachés progressivement au royaume Mérovingien  Après le partage  de l'Empire de Charlemagne, intervient le démantèlement de  la Séquanie /Burgondie avec  la création en 899 du duché de Bourgogne, capitale Dijon et du Comté Palatin de Bourgogne ( en gros la Franche-Comté et capitale Besançon). Avec la dualité  des lois françaises et germaniques, le " qui est quoi et qui fait quoi" est un imbroglio fort complexe et les dires des historiens contradictoires,

 

                                    mais on remarque très vite que être seigneur de Salins est important.

 

 

 

La première trace écrite du Sel de Salins que j’ai retrouvée, est  dans un écrit d’ Amiens Marcellin qui mentionne que l’Empereur Valentinien    vers 370 règle à son profit une querelle des Burgondes contre les Alamans en  octroyant aux premiers, la possession de ces salines.

 


 

 La  table de Peutinger est confuse à l'endroit où Salins est censé être, Xa , tant à l’époque d’Auguste que lors de la mise à jour au IV ième siècle mais elle indique bien le départ d'une voie moyenne sans nom qui franchit le Jura ( cf  notre SITE Google : cesargaulois.fr- Alésia et la route des diligences), ce qui signifie probablement que c'est une  route du sel jurassienne qui  n’était pas un itinéraire conseillé aux commerçants mais qu' elle existait, car nécessaire et on le verra plus loin, avec une halte probablement vers La Cure pour arriver à Nyon Xb.

N.B. Nyon était l'ancienne COLONIA EQUESTRIS fondée vers moins 50 avt J.C.pour y loger des cavaliers sous le nom de Niovodunum. C'est donc parfaitement plausible que César y installe ses cavaliers Ubiens d'Alésia pour leurs bons services, comme le fera plus tard Agrippa en modifiant le nom. 

Les Ubiens germains avaient pour capitale  Cologne et avaient fait soumission à Rome en moins 55,contre les autres germains, Suèves, Helvètes etc. Habitant le long du Rhin c'etaient de bons pêcheurs et des habitués des problèmes frontaliers;A Nyon ils seront sur la limite entre Helvètes au Nord et Séquanes et Allobroges alliés des Romains.

 

            Pour revenir aux Burgondes , l’empereur Valentinien et ses successeurs dont le préfet de la Gaule Aetius,  installent ceux-ci en Sapaudia (Savoie aujourd’hui mais avec une autre configuration) pour contenir là, les Alamans et autres Germains.

 Ces Burgondes, après avoir guerroyé contre les Romains, seraient devenus leurs vassaux après avoir été réduits à 80 000 ou 25 000 (selon qu’il s’agisse de guerriers ou de population), par ledit Aetius qui les a battu en 436 ainsi que leur roi Gondichaire qui en est mort. Ils se romanisent et installent leur capitale à Genève, sur le pont du Rhône, à la frontière entre Séquanes et Allobroges. Ils deviennent ariens après 407. Il sont dans le Jura ex-Séquanie plutôt en occupants que colons, avant de reformer un royaume.

Toujours les Romains :  Le coempereur Maximien (285- 305) avait eu des problèmes d’effectifs pour bien contrôler la route du St Bernard et installe dans le défilé d’Agaune (suisse) une garnison d’égyptiens thébains commandés par Maurice. Ces égyptiens chrétiens se rebellent à la fin du III ème siècle car ils refusent de se battre contre d’autres chrétiens selon les uns ou d’honorer les dieux romains selon d’autres. Ils ont à subir la dure loi de la Légion le 22 Sep 297.

 Plus tard l’évêque de Montigny rassemble leurs restes à Agaune et le 22 Sep 515 est consacré le Monastère de St Maurice d’Agaune par St Sigismond, fils de Gondebaud arien, roi des Burgondes mort en 516. Sigismond, catholique, devient roi, se querelle avec Clodomir, roi d’Orléans, fils de Clovis; lequel fait jeter Sigismond et sa famille dans un puits vers  Orléans (St Peravy la Colombe) pour un histoire sordide de meurtre familial.

Sigismond dote en 515 ce monastère de ressources dont les salines des 2 Salins qui représentent une réelle richesse. Les moines vont en profiter jusqu’en 942 lorsque le prévôt Mainier reçoit  l’ordre du roi burgonde de céder la Seigneurie de Salins les Bains à Albéric, comte de Mâcon; cela doit résulter d'un marché inconnu de moi.

Une autre source dit que le roi Lothaire, dans sa charte du 21 sep 842 pour l’Abbaye de Condate devenu St Claude, installe là une paroisse qui dépend de Sirod juste au nord d'Alésia. Disons que c’est complexe.

 

La dynastie des comtes de Chalon apparaît dans l'histoire  avec Adalard comte de Chalon sous Pépin le Bref suivi d'Isembard, Gilbert de Chalon ( 900-956)

Va commencer le règne agité des  comtes francs soit de Mâcon soit de Chalon, aux noms fluctuants dans les textes jusqu'à leur disparition pratique en 1237, remplacé pour Salins par les Chalon- Arlay:

 

Le comté de Mâcon comme celui de Chalon est dans l’apanage du comté de Bourgogne qui est en gros le territoire des Séquanes ou la province de Franche Comté. Il est bordé à l’Ouest par le duché de Bourgogne qui fait partie d’une autre partie du découpage de l’empire de Charlemagne. Le duché de Bourgogne est sous influence française alors que le comté Bourgogne dit palatin, qui a Besançon pour capitale est plus sous influence impériale. La Seigneurie de Salins qui  fait partie du comté de Bourgogne est très prisée car riche; c’est la deuxième ville du Comté, après Besançon. Elle se transmet souvent par les filles "non titrables", avec une application toute germanique de la loi salique, par exemple c'est Marie ou Mauriette de Salins (1137- 1200) qui la retransmet à son Géraut 1er de Mâcon qu’elle épouse en 1152 ; elle avait hérité de ce domaine comme fille de Gaucher IV de Mâcon, seigneur de Salins qui était fils de Guillaume IV comte de Bourgogne.

Par tractation entre descendants, Hugues IV de Bourgogne acquiert la baronnie de Salins en 1225 sans enthousiasme et le 15 Juin 1237 Jean de Chalon dit l’Ancien ou l’Antique, fils de Béatrice échange ses terres du Comté de Chalon contre celles d'autres Seigneuries plus en Germanie avec  Salins les bains qui est comme dit, précédemment  la deuxième cité du Comté de Bourgogne ainsi que Clées en Suisse actuelle etc. Jean l’Ancien meurt  en 1267,  et son petit-fils Hugues de Chalon continue à investir dans le sel à Salins. .

  La  France des Capétiens se stabilise sous Philippe Auguste et  les affaires des Chalon marchent bien mais la dualité des droits, le français ou le germanique, en complique l’entendement. Il était nécessire d'introduire Jean de Chalon l'Antique car il est le vrai créateur de l'industrie saline du Jura

:

 

           

 

A cette époque on a donc 2 sources de sel dans le Comté de Bourgogne :

   Il va y avoir plusieurs  répétitions de données car ce qui suit est de même nature que ce qui précède mais éclairé différemment; que le lecteur me  pardonne

   Lons le Saunier dont la source est d’exploitation plus facile que Salins mais de faible débit, va dominer le marché local jusqu’à l’avènement de Jean de Chalon vers 1225 qui alors, investira plutôt à Salins que à Lons car de meilleur potentiel économique.

            Salins a été le  monopole des moines de St Maurice et de St Claude. Dès le Vème siècle on a des traces d’un début d’industrie  puis cela devient le domaine des comtes de Mâcon. Ces derniers,  comprennent plus la Guerre ou la Politique que l’Economie ou l’Jndustrie et leur dynastie va disparaître  en  se fondant  en 1237 au profit de celle des Chalon, avec Jean  l’Ancien ou l’Antique de Chalon qui récupère la Baronnie de Salins  et   s’installe de son vivant à Nozeroy. Il nomme assez vite à Salins un homme de confiance, un Asinari dont les descendants s s'appelleront les Salins-la Tour. Ils deviennent barons de Poupey ,  le site qui au Nord  commande Salins.

 

               Mont Poupey , une des pistes d'envol des para-pentes en 2010( photo J.C. Garillière avec Georges Donat, Claude Delas et J.L. Roger)

   C'était bien une bonne place de protection pour Salins, on y avait bonne vue sur les environs, sauf par jours de brouillard.

 

 

                          

                                     

    et ils vont réussir : Les Asinari étaient originaires d’Asti et sont venus s’installer à Arbois où ils participent aux investissements dans la vigne et le bois, puis ouvrent une banque à Salins avec Domenico dont l’officine s’appelle La Maison des Lombards ( qui existe encore 10 rue des Barres près de la Furieuse) et deviennent  les banquiers  de Jean de Chalon. Puis Domenico devient Trésorier des Salines, et un de ses descendants, Jean est adoubé Chevalier en 1336 et prend le nom de Dimanche de Salins-la-Tour, en mémoire de son ancêtre Domenico. Jean ; son fils acquiert entre-autre la baronnie de Poupey au nord de Salins. Le fils de celui-ci Jean devient, en 1430, seigneur de Chaux des Crotenay  par son mariage avec la fille de Simon de Commercy, seigneur du Mont Rivel et de Château Vilain construit en 1186, comme celui de Chaux des Crotenay. Jean de Salin la Tour poursuit la construction de son château de Chaux des Crotenay qu’il va habiter, et de la chapelle Ste Marguerite devenu église paroissiale.

       C’est une famille importante à la cour de Bourgogne,surtout ensuite sous Charles le Téméraire et Charles Quint, lorsque l’influence impériale fait reculer celle de la France, comme je le dirai plus loin.

 

 

 

 Routes du SEL dans le Jura

 

 


 Schéma des routes autour de Salins - Chaux des Crotenay : la mine est à Salins, le traitement à Salins puis Arc et Senans/ Port LEYNEY, le commerce est controlé pendant longtemps par les Salins la Tour, gérant pour le comte de Bourgogne , depuis le chateau de Chaux des Crotenay.

 

 

      

 

 

Pour protéger les routes du sel on note les constructions (marquées par un X ou par un O sur le schéma,) par ou pour le Comte de Chalon, de plusieurs châteaux ; outre les 2 déjà mentionnés, je cite Montmalioux/ Ornans (ville natale de Gustave Courbet et de Othon IV dernier comte palatin de Bourgogne)et Arguel à 6 km au sud de  Besançon ( les 2 totalement rasées par Louis XIV), Ste Anne vers St Claude. Sur injonction du Comte de Bourgogne, de connivence avec le Comte de Chalon, ces constructions s’arrêtent vers1400. C’était après que le Comté de Bourgogne soit revenu à la couronne par achat  vers 1300 à Othon IV dernier comte  et le mariage de sa fille avec Philippe futur roi de France. Cette appartenance du comté de Bourgogne au royaume de France sera éphémère, l’Empereur germanique Charles Quint qui avait dans son apanage le Comté, faisait tout pour exciter ses féodaux car la possession du passage de la Valteline était capitale pour la cohésion de ses provinces. Il va s'en suivre des guerres qui vont épuiser les populations mais qui feront  l'économie d'une guerre de religion, Les châteaux "espagnols" seront détruits pour la plupart sous Louis XIII et Louis XIV avec la Guerre dévastatrice de Trente Ans après 1635 (1618-1635-1648 traité de Westphalie-1678 traité de Nimègue). Le roi  va devoir ensuite pacifier et reconstruire la Franche Comté dont la population a été très meurtrie et divisée par deux . L’industrie de sel ne semble pas avoir trop souffert.

            Le lecteur trouvera une annexe en fin d’exposé qui décrit en quelques phrases l’industrie du sel de Salins les Bains.

 

 Un aparté pour les amateurs de bons vins:   Le fils de Jean II, Etienne de Salins la Tour marie sa fille Guigone (1403- 1470) au Chancelier de Bourgogne Louis Rolin né en 1376 à Autun . Le mariage a lieu dans le château de Louis de Chalon, prince d’Orange, comte de Genève et Seigneur d’Arlay le 20 décembre 1423,  château qui est alors à Lons le Saunier sur l’emplacement de l’hôtel de ville.

 Ces Rolin vont fonder l’hospice de Beaune.

 

            Les Salins-la-Tour contrôlent pour le compte de leur suzerain, le Comte Palatin de Bourgogne, le commerce du sel, lequel s’expédie en France par le port de Lesney sur La Loue, qui servira après Louis XIV aux expéditions de la manufacture royale d’Arc et Senans jusqu’au siècle dernier ou prend la route vers l’Italie en passant surtout par Chaux des Crotenay – la trouée de Morbier, et Aoste. Sur le passage, les paysans du Comté de Chalon sont privilégiés et leurs commerce des cochonnailles salées est florissant.

Inutile de préciser que les comtes de Chalon ont se sont désintéressés de Lons le Saunier et en ont  concédé l’exploitation aux moines locaux.

 

 

 Nous voici arrivés aux temps modernes  avec la prise en main de l’administration française et l’arrivée de la civilisation industrielle. Je termine par une photo de la petite église de Ste Marguerite de Chaux des Crotenay, très riche en statuaires dont les fondations sont carolingiennes. Le village qui a toutes les qualités pour être le site d’ ALESIA.

 

            D’où l'intérêt de notre exposé

 

 

 

P.S. je vous ferai grâce des péripéties dynastiques des Comté de Bourgogne, Mâcon, Chalon compliquées par les alliances avec les ducs de Bourgogne et la  royauté de France. Le lecteur trouvera ci après une essai de généalogie, sans prétention.

 

 

 

 

                                                                           

 

 

ANNEXE GENEALOGIQUE

 

Il y a une confusion possible des événements entre Salins les Bains dans le Jura avec Salins les Thermes en Savoie. Je pense ne pas m’être fait trop piéger ?

 

 

 

 

Quelques noms ou données glanés dans les Textes.

 

 

Certains de ces nom figurent déjà dans mon récit.

 

1        Comtes de Mâcon    

 Albéric ou Aubry 1er de Mâcon  mort en 943. Il  reçoit la Seigneurie de Salins d u roi des Burgondes en 942.

         

  Humbert 1er  915-958 est Seigneur de Salins.

Gaucher 1er mort en 993   est également seigneur de Salins

                                   Suivent :

Humbert II mort en 1028, puis Gaucher II mort en 1050, puis Gaucher III, Humbert III , puis Gaucher IV mort en 1175 dont la fille Guyonne de Salins épouse Gérard 1er comte de Macon, d’Auxonne et comte de Bourgogne

 Il y a diverses versions jusqu’en 1225, avec mélange entre les salines de Lons le Saunier et celles de Salins

 Marguerite décédée en 1257, fille de Gaucher IV, vend en 1225 au duc de Bourgogne Hugues IV la Seigneurie de Salins. Ce dernier fait un échange le 5 Juin 1237  avec Jean l’Antique de Chalon qui s'échangent des seigneuries impériales dont  celle  de Salins d’un coté, les comté de Chalon de d’Auxonne de l’autre.

 

2        Comtes de Chalon

 

Jean l’Antique (1190- 1268)  comte de Chalon, épouse en 3ème noce Laure de Commercy, fille de Simon de Broyes de Commercy, baron du mont Rivel, de Château Vilain, de Chaux des Crotenay. Il a continué à affermir sa position en achetant le château de Cées en Suisse, en court-circuitant le péage de Joux près de Pontarlier. Pour cela il achète aux moines de St Claude des forêts vers Sainte Marie, et ouvre la route Salins-Orbe , Cées( Suisse actuelle) en passant par Jougne. Il se renforça vers St Claude . il consolide la route par le col de la Savine en établissant une place forte vers Mièges sur la butte aux noisetiers dont il fera sa demeure personnelle et fonde la ville de Nozeroy. Son descendant le Comte de Chalon- Arlay transforme le château fort en Château renaissance, magnifique.

Son fils Hugues III (1220- 1267) est comte de Chalon, seigneur de Chaux des C, comte de Bourgogne qui a un fils Othon IV ( Ornans,1236-  1303; dernier comte palatin de Bourgogne, mort au service du roi de France) continuent la même politique, sauf le dernier qui vend son fief.

La fille de ce dernier Jeanne de Bourgogne1303- 1323) est dame de Salins épouse Philippe V le Long, roi de France qui devient seigneur de Salins. Louis II de Chalon-Arlay avait déjà et encore embelli le château de Nozeroy.

La suite de l’histoire est complexe avec les histoires royales de la Tour de Nesle qui démarrent en 1319 et la nouvelle propriétaire la reine, Jeanne de Bourgogne. Le pape  s’en mêle, la Cour d’Angleterre aussi, avec des morts royales en cascade, et l'arrivée de la famille d’Orange-Nassau  (alliée aux empereurs germaniques) qui prend alors le contrôle des Salines. il faudra plusieurs siècles de guérillas et Louis XIII puis XIV pour que la Franche Comté fasse de nouveau partie de la France. La guerre de 30 ans aura ruiné le pays, en particulier la capitale Nozeroy en 1639, plus sûrement que les guerres de religion.( on est loin du  sel semble-t-il mais c'est illustratif)

 

 Par une série d’alliances complexes, consanguines, la baronnie de Chaux des Crotenay tombe dans l’héritage de Gérarde de Failletans, veuve Grandvilliers. Cette dernière épouse Jean II de Poupey vers 1425 ; Ce dernier était fils de Jean de Salins-la-Tour et de Nicolette de Saiget de Salins né en 1393 . Jean II décède vers 1440. Son fils Guillaume devient trésorier des salines de Salins puis gouverneur en 1461. Il meurt  ers 1480.

 

En 1482 Louis XI vient en pèlerinage à St Claude. Il est en fin de vie alors que l’ère de Charles-Quint arrive.

            Charles de Poupey ( ou Poupet) est seigneur de Clermont, de la Chaux des C, By ( vers port Leyney), Charrette ,Chatelvilain, Malan et Crèvecoeur. Il fini sa vie à Chaux des C en 1530 et est inhumé à la Collégiale de Poligny.

            Le domaine passe alors à Antoine de La Baume qui est le dernier à vivre au château et a réussi à se ruiner. Le domaine  passe d’héritage indirect en héritage indirect  et est mis en vente en 1720. Jean Baptiste Frémiot achète le Château, meurt en 1776 et J.B. Guérillot achète la seigneurie en 1778. Ses descendants et  héritiers sont toujours propriétaires du domaine en ruine. Ils habitent Versailles.

 

La grande époque est terminée et les avatars des héritages successifs avec les La Baume fichent  la pagaille dans l’industrie du sel de Salins jusqu’à ce que Louis XIV et surtout Louis XV y mettent bon ordre en créant en 1775 la manufacture d’Arc et Senans avec le saumoduc de 21,5 km le long de la rivière Furieuse puis de la Loue et le port de Leyney sur la Loue. Cet ensemble sera opérationnel jusqu’en 1895.

 

 

 

 

 

ANNEXE   INDUSTRIELLE

 

Depuis 1926   l’Industrie du sel à Salins est arrêtée et appartient à l’ HISTOIRE, à part l’activité thermale entretenue par le tourisme avec la source de MUIRE sous l’Hôtel des Bains. Mais la région reste industrielle : horlogerie, bois, élevage acier spéciaux  etc

 

Salins les Bains

 C’est le début de l’épopée avec la source de la Muire dans le lit de la Furieuse actuelle, rivière qui va se jeter dans La Loue. Et toujours en activité . L’eau de la Source est lessivée en surface par les eaux de pluies mais dès 3m de profondeur elle se sale et a une concentration de 30 g/l vers15m.

Vers 1196 Jean l’Antique fait installer une première noria d’extraction par les moines cisterciens de St Maurice, encore eux. Ceux –ci maîtres en architecture romane, creusent le long de la Furieuse une galerie de 18m de long, 6m de large qu’ils voûtent sur 2m de haut.

 

           

1 ère galerie de la mine de Salins, ici dégagée avec son vieux plafond et le remblai récent sur 6m de hauteur 



Ensuite ils vont approfondir le sol pour installer 6 norias 6+6 m plus bas ( le +6m est pour rappeler que lorsqu’on est passée à l’étape moderne et les norias arrêtées il y a eu comblement des 6 m les plus profonds avec du machefer. Ces norias allaient chercher  l’eau salée à 40gr/ l à 14 m plus bas .

On remonte en plus en surface les eaux de ruissellement par des fossés pour ne pas les laisser diluer la saumure. Chacune des 6 norias remonte en surface 223m3/jour soit environ 60qx de sel cristallisé.  Les roues portent à cet effet des petits baquets. La roue est mue grâce au courant d’eau de la Furieuse.

Vers 1750 on a mis au point un système de pompage hydraulique qui permet de remonter la saumure saturée ( à 300gr/l donc) de 240m de profondeur, la couche de sel pur étant entre Z 280 et Z 240m. Par pression naturelle la saumure, dans les 3 puits d’extraction à 240m remonterait jusqu’à 50m, donc à débit nul. Le complément d’énergie pour accroître la pression de base de la saumure provient au début du bois puis du charbon qui vient du Creusot après 1840 .

 

La saumure est acheminée vers la surface dans des bernes ou vastes réservoirs puis étalée progressivement, comme dans les marais salants dans 3 poêles ou immenses plateaux chauffés par dessous par de l’air surchauffé dans des fours d’abord à bois puis à charbon après 1840. Une fois que le contremaître estime qu’il y a assez de sel cristallisé, on arrête et on ramasse le sel avec un râteau et on le met dans des sacs, tout comme dans les marais salants En fait les opérations pratiques sont quasi continues grâce au savoir faire des ouvriers car arrêter une chauffe pour la recommencer représente un gros gaspillage d’énergie. La température ambiante autour des poêles était à la limite du supportable et la visibilité limitée à moins de 3 m à cause de la vapeur d’eau . Inutile de dire que le conditionnement de l’air était une notion inconnue; il y avait simplement 2 ou 3 vasistas dans le toit..

 

En 1962 devant les investissements à faire et au vu du Marché, les Salines ferment . Il restait 12 ouvriers.

 

 

Acte 2 et suite :

 

La Manufacture d’Arc et Senans

 

                       

Vers 1750 le bois commence à faire défaut dans la région de Salins et les regards se tournent vers l’immense forêt royale de  La Chaux. Avec l’idée du saumoduc, il est plus économique de transporter une saumure liquide que de charrier du bois sur la même distance; donc l’idée fait jour et voit le roi Louis XV la promulguer.

Dans ce siècle dit des Lumières, l’argent est un élément annexe dans les décisions : on a recours aux  services de l’architecte Nicolas Ledoux pour faire un projet démesuré mais que signe le roi la veille de sa mort- ce sera le dernier-    

   Tout n’a pas été réalisé mais la manufacture a fonctionnée à peine 100 ans, jusqu’en 1873. Sans entrer dans les détails, elle est une réussite architecturale mais pas industrielle.

Je ne parlerais pas de la réussite architecturale ; elle es célébrée partout.

 

Le raisonnement industriel est celui appliqué à Salins : la saumure arrive, non saturée à l'usine des graduations où elle est purifiée, saturée et envoyée dans deux bernes situées à coté du bâtiment du directeur et va aller pour être déshydratée, sur des poêles. Tout est prévu pour obtenir au moins 60 000qx /an ou plus avec 250 ouvriers . On arrivera péniblement à 40 000qx, avec des coûts inattendus : En voulant multiplier par plus de cent la production,  l’intendance n’a pas suivi  ainsi que le commerce/ prix

Le sel est transporté,  pour ce qui va en France par sac jusqu’à port Leyney sur La Loue , à deux pas et pour le reste selon les vieilles méthodes du mulet.

 

Le Saumoduc

 

       

               

C’est l’invention qui permet que la fabrication du sel de Salins soit à proximité de la forêt, source de l’énergie. Il s’agit d’une conduite pour liquide qui part de la zone d’extraction de Salins, une source équivalente n'ayant pas été trouvée à Arc et Senans , suit la rivière La Furieuse, ce qui assure une dénivelée adéquate pour un écoulement. Elle est enterrée à 1m de profondeur par sécurité, arrive au confluent avec La Loue et descend le long jusqu’à Port Leyney. Il y a là un point de transit avec une première usine d’évaporation / affinement de la saumure dite des graduations ; cet édifice de 500m de long a été détruit en 1920. De là , par la rue des graduations actuelle, la saumure entrait à l'Ouest de la maison du directeur par une construction qui a été supprimée, dans la manufacture et est répartie en 2 bernes qui sont de chaque coté de ladite maison.

            Notre saumoduc, long de 21,5 km en double colonne pour permettre l’entretien est fabriqué à partir de 15 000 à 16 000  pins du Jura, de 30 à40 cm de diamètre, coupés en grumes de 6 ou 8m de long emboitées, comme des crayons, les un dans les autres de force, après avoir été cerclés solidement et percés en leur âme par deux trous, un de chaque coté, de plus de 3cm de diamètre, faits  à la tarière à main depuis les 2 extrémités sur 3 ou4 m et qui se rejoignent dans un réceptacle de recueil carré au milieu. Ce trou est bouché après pose et permet les inspections car la saumure est corrosive et fait gonfler le bois, avec des dépôts de sulfate. En plus le bois a tendance à se fendre, étant insuffisamment cerclé. Il faut donc entretenir ,  ce qui est réalisé par l’intermédiaire de 1à au début puis 6 à 7 points de garde répartis au mieux. Ces points abritent aussi les gabelous  et sauniers, qui entretiennent et contrôlent  le saumoduc des piratages des faux-sauniers.( c'est le premier pipe-line, une première mondiale dans le jargon journalistique actuel)

             Cet ensemble dont la dénivelée est d’environ 143m a eu un rendement médiocre ( pas assez de pente, fuites importantes, vieillissement / diamètre trop petit, ce qui limite le débit à 143m3 par jour soit à peine 50 t de sel cristallisé quotidiennement) et dès 1788 on commence à remplacer les arbres par des tuyaux en fonte plus étanches et moins susceptibles d'être trafiqués. Si à Salins le point faible était l'énergie, à la manufacture  c'est le saumoduc.

 

            La manufacture est fermée en 1895, laissée en délabrement progressif jusqu'à son achat par le Conseil Général du Doubs en 1930.

 

            Le point de vue architectural de la manufacture sort de notre sujet.

 

 

                                                           Le mousquetaire de service   C.D.

 
 
 
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