César et les Vénètes,
Par C.Delas La Noue 2010 à Automne 2011 Avec l'assistance de Marc Terrasson pour la partie historique, Gilles Rocher et Jean Lou Roge pour la partie maritime.
I Prologue:
Avant d'aborder le sujet qui est de remettre le contexte de la bataille navale de Jules César contre les Vénètes en termes du XXème siècle, je voudrais dire un mot sur cette peuplade qui fait alors son apparition dans l'histoire avec César en 57 B.C.. D'abord on ne sait historiquement rien sur leurs origines et guère sur leur mode de vie.. César dit que ces gens étaient les premiers des Armoricains car les premiers dans la maitrise de choses de la Mer et les rares ports de cette côte que l'on situe vers le golfe du Morbihan étaient sous leur contrôle ( personne d'autre ne parle de ces gens, hors la bataille navale ) et qu'ils habitaient des villes, sans autre précision. Les Osismes, leurs voisins celtes à l'Ouest, habitaient un terrMitoire nettement antsplus vaste et contrôlaient plutôt la Manche jusqu'à Morlaix. Vers la Loire les voisins sud, les Namnètes ( de Nantes) étaient un petit peuple celte experts en métallurgie qui s'étaient installés là sur des mines de fer et d'étain avec la cassitérite de Abbaretz- Nozay, à 40km au nord de Nantes quelques siècles plus tôt..
Contes et Légendes Je vais compléter les silences de César ( son sujet était la soumission des Vénètes) par quelques contes, légendes ou assimilées
Tout part de cette homonymie ancienne entre les Vénètes de Venise, les Vénètes de Vannes ceux de César, deux peuplades de la mer plus les Wendes de la Baltique également marins polonais. Une autre source dit que les Vénètes de Venise viendraient de Troie, comme les Romains et vers la même époque et pour les mêmes raisons, entrainés par Anténor, un chef troyen frappé d'exil.
Strabon, dont le texte est joint ci-après, qui a fait une carte fortement inexacte de la Gaule rapporte qu'ils étaient sans doute apparentés à ceux de Venise et être d'origine troyenne ? et il les traite de belges. Auraient ils été grands et blond ? Les Vénètes du Morbihan sont des gaulois, arrivés pendant les invasions celtiques . Parlaient-ils celte ou une langue plus proche du latin comme les Vénitiens ( selon certains auteurs) ? Un consensus les fait apparaître dans la protohistoire vers 900B.C., un peu partout en Gaule. Après s'être fait de la place dans ce qui sera la Province aux dépens des Ibères, ils sont colonisés ou associés par les Phéniciens ( Massilia vers 600B.C.) et participent à leur vie maritime, puis ils sont repoussés ou absorbés par les Celtes qui arrivent mais ils resteront importants le long du fleuve Liger ( cf ...Millet) en harmonie avec les Phéniciens . Les restants se réfugient en Italie alpine et dans les Cévennes et c'est de ceux là que parleront les auteurs latins. On peut donc se poser la question de leurs rapports avec nos Vénètes qui N.B. Je me souviens qu’un de mes amis de Carnac avait noté que le Vannetais, vieux breton de Vannes est un peu différent du vieux breton dit du Sud, ce qui est confirmé par les spécialistes actuels.
César ne parle guère de sujets économiques dans ses Commentaires, comme d'ailleurs en général les historiens anciens ou modernes . Les raisons économiques qui sont à la base de la conquête des Gaules, sont pourtant essentielles, comme le souligne également Strabon au IV-4-I de sa Géographie où ce dernier écrit que César voilait également supprimer le monopole commercial des Vénètes avec les Grands Bretons. De mon avis, il y a là une des causes, profonde mais inavouable de l'importance de cette colonisation, les histoires d’ambassadeurs , à l'origine selon César, de cette guerre, ont une valeur similaire à la dépêche d' Ems en 1870 ou de Sarajevo en 1914. Le long passage de sa présentation et la peine qu’il se donne pour convaincre, dans ses Commentaires est un signe de son embarras à en parler, et surtout à justifier son "génocide" (comme le précise Napoléon Ier ) .
II L' Evènement 56 avant J.C.
I Positionnement historique de l'évènement
Avant de passer à la discussion sur la bataille navale proprement dite, et pour mettre le lecteur dans le contexte de l'époque, je schématise en 5 actes l'histoire du pays :
1er acte au début du néolithique supérieur, 2 à 3000 ans avant César, l'Armorique est peuplée par les constructeurs des mégalithes qui habitent surtout le long des côtes tant au Nord qu'au Sud, le niveau des eaux étant de 5 à 6 m plus bas que de nos jours 2ème acte Les celtes terriens arrivent et supplantent les anciens occupants ou les intègrent. Au sud de la Bretagne, la région de la Baie de Quiberon est prise en main par une population des peuples de la mer, les Vénètes. 3ème acte Les romains qui ont de la peine à maitriser les celtes, se heurtent aux Vénètes, difficiles à dominer . C'est le clash. Après avoir fait disparaître les Vénètes du globe, Rome va dominer l' Armorique jusqu'au IVème siècle, avant de s'écrouler. 4 ème acte C'est alors que les Grands Bretons débarquent au nord de l'Armorique et submergent les autochtones, d'autant plus facilement qu'ils sont celtes et ont la même religion catholique. C'est le pays du Léon. Ils s'étendent vers le Sud mais doivent composer avec les habitants. 5ème acte La royauté française avale l'ensemble puis la République lisse les aspérités et on est dans l'univers actuel français où des intellectuels essayent de reconstruire une civilisation dite bretonne.
Notre intervention historique se fixe au début du 3ème acte. Que le lecteur soit conscient que j'ai du romancer un peu ma présentation pour la rendre moins austère.
A la lecture des divers textes tout concorde pour que les Vénètes aient habité vers le Golfe du Morbihan actuel et aient eu 2 types d'activités: la mer et son commerce avec comme corollaire la pêche, et la terre où ils cultivaient les céréales dont le blé gaulois ou épautre, comme nourriture de base et avaient leurs résidences, proches de leurs navires.
III) On n'oubliera pas dans le contexte de l'époque, la loi du sénateur Gabianus, ami de Pompée, en 67 av J.C., contre la piraterie qui sévissait dramatiquement en Méditerranée . Cette loi, plutôt rejetée par des Sénateurs, mais votée par César, a permis à Pompée avec 500 vaisseaux de guerre, de l'infanterie et de la cavalerie de venir à bout du problème. En quatre mois, la Méditerranée était redevenue navigable pour les navires de commerce. Cicéron était également pour cette loi, le sénateur Hortensius contre . César, ne devait pas avoir oublié qu'il avait été prisonnier des pirates de Mithridate pendant au moins 4 mois en moins 78 avt J.C., soit 10 ans auparavant selon Suétone . Il est plausible que César en bon terrien qu'il était, ait fait un amalgame intellectuel entre les gens de la Mer dont les Vénètes et les pirates quels qu'ils soient.
Je vais m'étendre ci-après sur cet épisode de la Guerre des Gaules daté donc de moins 57 et 56 avt J.C. raconté par César dans son livre III, 7 à 16 de la Guerre des Gaules, ce qui lui confère l' existence, et par l'historien grec Dion Cassius (+155, + 235 ) qui décrit plutôt la bataille navale, mais plus tard et sans avoir été présent. D’autres auteurs dont les écrits nous sont parvenus en parlent, le géographe grec Strabon (- 60, + 20) , le latin Pline l’ancien ( 23, ) et Tite Live , né en Vénétie, dont les écrits ne nous sont pas parvenus mais dont Velléius Paterculus parle. Ces derniers s’inspirent tous du texte de César, déjà reproduit sur papyrus et ne sont pas ou très peu, allés sur place. A noter que Strabon les traite de Belges et de Gaulois. Dans ses commentaires ultérieurs, César ne reparle plus des Vénètes, de même que les anciens historiens, il semble que la tribu des Vénètes ait disparue..
II Reconstitution Géographique -
Les cartes du Golfe du Morbihan s.l. qui vont suivre sont déduites des cartes: 1,) de la marine éditée par le ministère de la marine vers 2000 avec une modification sérieuse . Comme le niveau moyen de la mer devait être 2 m plus bas qu’aujourd’hui; il se situait donc vers le niveau actuel de la laisse des basses eaux et c’est ce qui est présenté; on voit que cela simplifie énormément le dessin des îles, et réduit la surface des eaux de marées. 2 ) -de celles de Cassini en 1750 et de la carte géologique du BRGM. Il faut aussi se représenter la côte sans l'isthme sableux de Quiberon qui ne se formera que vers l'an 1 000 et de l'ensablement généralisé consécutif, qui a eu un effet de lissage. Cela fait que la baie de Quiberon actuelle est devenu une "mer interne" différente de celle du temps de César.
Justificatifs de ces propos Cette variation de niveau est illustrée : 1 Comme le montre la première carte de Cassini, par les relations entre Hoëdic, Houat et Quiberon qui fermaient la Baie ( voir plus loin ). La séparation entre Quiberon et Houat est donnée pour s'être produite lors du début de l'accrétion marine vers 5000 ans B.C. qui laisse le passage de la Teignouse bien ouvert et l'arrêt des constructions mégalithiques sur l'île et une datation de 5500 ans pour des traces humaines du néolithique moyen à Quiberon. La mer entre les 2 îles est encore parsemée d'écueils. La séparation entre Houat et Hoëdic est donnée pour avoir eu lieu 3500 ans B.C. avec quasi pas de vestige humain sur Houat et des vestiges mégalithiques sur Hoëdic, plus des vestiges vénètes des II et Ier siècles avant J.C.et relatifs à une production de sel ainsi qu'un camp romain. La position de cap avancé / poste de guet de Hoëdic peut expliquer cette richesse archéologique. 2 Dans le golfe du Morbihan, par la photo de l’îlot d’Er Lannig juste à une encablure au sud de Gavrinis, avec son Cromlech sud dont la moitié sud est sous l’eau ( je n'ai pas de renseignement sur l'état de la marée au moment de la prise de vue ) et qui confirme que les eaux ont monté ou la terre descendu depuis ces temps là, les érudits penchent pour la date de 2300 avant J.C. pour ces constructions, avec un niveau des eaux 6 à 7 m plus bas qu'aujourd'hui; nous y reviendrons. 3 Ce fait est confirmé par l'Allée couverte sur la plage du Kernic/Guirnivic – baie de Kernic, au nord de Plouescat sur la côte nord vers St Brieuc. Cette" allée", qui découvre à marée basse n'est pas similaire au Cromlech de Er Lannig. Les locaux actuels l'auraient connue avec des dalles de pavage du toit. Cet édifice était une tombe commune, avec une longue galerie couverte puis une chambre recouverte d'un tumulus. Ce monument, au bord de la rivière se situait à 1 km de la côte d'alors. Ces dalles ont disparu, selon ce que disait la tradition orale, ainsi que le tumulus, emporté par des entrepreneurs indélicats.
Les érudits disent que cela signifie que la Manche est montée de 7 m depuis le début de ces temps néolithiques ( je vais souvent me répéter ), soit depuis le début de la régression des glaciers qui couvraient le nord de notre France. Cette régression serait due à la fonte des glaces et donc à un réchauffement du climat et est relayée à ce jour par celles liées aux transformations du sol de l'océan arctique, des circulations des courants chauds ou froids, de la montée du soubassement scandinave, soit en chiffres entre 4000 ans avant J.C et 2000 ou 2500,. Cela corrobore les dires des érudits du Morbihan.
Ilot de Er Lannig, au sud de Gavrinis- on distingue bien la moitié du Cromlech ( le demi-cercle de pierres vers le bas) ; comme il a été construit plus de 2000 ans avant César, cela confirme que la mer a monté depuis de plusieurs mètres et que les données avancées par les historiens ont un fondement .
L'allée mégalithique à Kernic, près de Plouescat sur la côte bretonne Nord, à l'Ouest de Morlaix. Sur cette photo de Gilles Rocher, prise à marée basse, on voit bien la zone de marnage actuelle qui était au néolithique moyen/sup, 6 à 7 m plus bas qu'en 2011 , avec l'océan au fond, la rivière néolithique sur la gauche avec sur la plage, cette construction.
Carte du Golfe au temps de César avec la restriction que je ne prends pas en compte l'ensablement de l'an 1000 ou plutôt que je ne le supprime pas et qui fait que la côte était beaucoup plus échancrée et plus conforme au texte de César.
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Au Nord de l'isthme de Quiberon, sous Louis XV avec Lorient
Baie de Quiberon selon Cassini: Le complexe des iles Quiberon est déjà quasi fermé et les grisés des zones de marnage suggèrent bien une liaison Houat- Hoëdic. La largeur de la passe fait 12 km à la latitude de Hoêdic. Le fond de la baie est déjà bouchée et les côtes lissée (parties plus grises )
Nos Vénètes se sont installés en Armorique, peu peuplée alors, vers cet endroit privilégié qu'est le Golfe du Morbihan et mis leur capitale d'abord à Locmariaquer puis à Vannes dit Darioricum à l'époque gallo-romaine, au fond du golfe. Déjà plus de deux millénaires auparavant, les bâtisseurs de menhirs avaient occupé la Baie de Quiberon et construit divers sites dont le plus connu en Bretagne sud, est celui de Carnac. Pas plus les hommes des mégalithes que les Vénètes n’ont laissé de traces écrites mais il reste les mégalithes muets des premiers. Les Vénètes exerçaient une influence certaine sur leurs voisins. Après la défaite ils ont été rayés de la carte. .La limite sud de leur territoire aurait correspondu à La Vilaine, soulignée par La Roche-Bernard La limite Ouest est à mettre à l'Est du Pouldu/ Quimperlé sur la Leïta, avant Lorient Comme le montre la carte ci-dessous, ces voisins sont : encore plus à l'Ouest les Osismes dans le Finistère actuel, capitale Vorgium , Carhaix. plus au Nord les Coriosolites, capitale Courseul, Fanum-Martis plus au Sud-Ouest à partir de la Vilaine, les Namnètes capitale Condevicum puis Portus Namnetus Nantes Ce peuple est réputé avoir fait fortune dans la métallurgie puis les Pictons encore plus au sud, de l'autre coté de la Loire à l'Est les Andes (Anjou) et Aulerques qui vont quasi jusqu'à Paris
La ville de Brest s'est créée sur un emplacement de camp romain au IIIème siècle. Les monts d'Arrée devaient déjà être peu occupés et couverts de forêts, comme il est raconté dans les contes/légendes. Ils Ces monts jalonneraient la limite nord de l'influence vénète.
A la fin de l'empire romain toute la population se renouvelle avec l'arrivée massive, au IV ème siècle, des bretons insulaires dans un pays très peu peuplé. C'est le début d'une nouvelle époque, bretonne, avec une civilisation christianisée et où les cathédrales des diocèses ne sont pas installées comme en Gaule dans la capitale . Le pays est très marqué par les invasions des Vikings dès le Vème siècle. Vannes, bien protégée au fond de son Golfe et de ses écueils, avec ses forts courants a été relativement épargnée par ces envahisseurs. Vers l'an 1000 les déforestations massives des moines issus des nouveaux bretons vont entrainer une érosion importante et une sédimentation en mer
carte de la Gaule au moment des évènements . Si on admet que dans cet univers de roches granitiques ou paléozoïques, l'érosion n'a eu qu'un effet minime, on peut calculer, comme je l’ai déjà dit, que la superficie de l'eau de marée dans le Golfe et dans les autres estuaires, du temps de César, était moitié et la profondeur moyenne de 2m en moins, mais les volumes de vase plus réduits. Le volume des eaux mis en mouvement par chaque marée était donc plus réduit qu'aujourd'hui, ce qui divisait probablement la vitesse des courants par plus de 2,et rendait la navigation à voile capable de les contrecarrer. Ces courants se concentraient dans des chenaux antiques qui circulaient entre les îles.
Pour fixer les idées, voici quelques données tirées de la carte marine actuelle que je possède: Passe de Port Navalo : vitesse de 4 à 5 kn et 24 m de profondeur sur qq cent m de large avec un pic à 8 kn et 20 m d'eau. Gavrinis : 9 kn dans le chenal qui sépare l’île de l’îlot de Er Lannig et qui a 23 m de profondeur et qui était une rivière au moment de l’édification du cromlech, 1500 à 2000 ans avant César; Port blanc : 5kn etc . Ce sont des valeurs ponctuelles dans les chenaux. Ho, en particulier les Atuatuquesrs du golfe on donne aujourd'hui un courant de 4 à 6 nœuds devant Etel et 9 au pont routier qui ferme le ria alors qu'à la Trinité l'arrière pays semble sans influence notable. Les platiers actuels dits à huîtres avaient moins de 2 m de profondeur moyenne et n’occupaient donc que 50% de la superficie du golfe. A l'époque romaine, ils étaient donc émergés en grande partie. Plus à l'Ouest au port d' Etel la zone marine qui est la rivière actuelle, n'était qu'un semi marécage et les courants de marée plus faibles. Ces courants aujourd'hui atteignent 4 à 6 nœuds et jusqu'à 9 nœuds au pont routier. Il ne faut pas négliger les effets de sables récents qui ont lissé les côtes, créer le cordon dunaire de Fort de Penthièvre ( presqu'île de Quiberon )
Pourquoi les Vénètes se sont-ils rebellés après avoir accepté la domination romaine ? César entreprend une explication au chapitre III- 10 (voir plus loin). Celle de Dion Cassius, qui va suivre complète et éclaire surtout le combat naval, gagné de justesse et par un énorme coup de chance et qui met fin à un été de transes: les Vénètes étaient insaisissables et César n'osait se mesurer à leur flotte. La raison de cette insoumission et de l'obstination de César à les vaincre correspond en bonne part aux explication données par les auteurs de l'époque. Mais comme le dit Napoléon 1er, celle du terrible châtiment qui a suivi n'est pas convaincante, même si on retrouve 2 autres cas de vengeance froide dans ses commentaires, en particulier les Atuatuques. J'y reviendrai dans l'Annexe en fin de présentation.
III L'affaire de la Bataille selon le B.G. sensu lato
L'événement se situe , selon L. Constans après le congrès de Lucques où Jules César s'entretient avec son complice Pompée, et à la fin duquel il regagne précipitamment l'Armorique en rébellion, soit vers Avril- Mai 56 av J.C.
Texte de César traduction L Constans
Livre II, 57 av J.C. chap 34 ... dans le même temps, P Crassus, qu'il avait envoyé avec une seule légion, chez les Vénètes ... peuples maritimes qui habitent les rivages de l'Océan, l'informa que toutes ces nations avaient fait soumission au peuple romain. ....
... Comme il était pressé de partir pour l'Italie et l'Illyrique, César les invita à revenir au début de l'été ... il partit, lui-même pour l'Italie.
Note C.Delas : César cite ce personnage Crassus, son second, plusieurs fois. Crassus va devenir consul de Rome avec Pompée l'année suivante, ce qui confirme son importance.
livre III 57 av J.C. chapitres 7 à 16 ... Parmi eux se trouvaient, se trouvaient T Terrasidus, qui fut envoyé chez les Essuviens, M. Trebius Gallus chez les Coriosolites, Q. Velanius avec T Silius chez les Vénètes. 8 C'est cette nation des Vénètes qui exerce sur toutes les régions maritimes de l'Océan, la plus grande autorité parce qu'ils possèdent des navires très nombreux au moyen desquels ils font du commerce avec la Bretagne. Ils l'emportent sur les autres peuples par leur connaissance et expérience des choses de la mer. Sur une côte exposée aux rages de l'Océan et découverte il y a peu de ports: ce sont eux qui les tiennent si bien que tous les peuples qui naviguent dans ces parages sont leurs tributaires. Les Vénètes prennent l'initiative de retenir Silius et Velanius, pensant recouvrir ainsi les otages qu'ils avaient donnés. Et comme les décisions des Gaulois sont subites et irréfléchies, leur influence entraina leurs voisins à retenir pour le même motif, Trebius et Terrassidus. Rapidement, ils s'envoient des députés; leurs chefs se prêtent le serment mutuel de ne rien faire sans délibération commune, de supporter ensemble ce que leur réserve le destin; ils engagent les autres nation à rester dans l'état de liberté qu'ils ont reçus des ancêtres plutôt que de supporter l'esclavage des Romains. Tous les pays riverains de l'Océan se rallient à leur décision.: on envoie à Crassus une ambassade commune avec mission de leur remettre les otages s'il voulait qu'on lui rende ses officiers.
9 Crassus informa César de ces évènements. Comme le proconsul était au loin il donne l'ordre en attendant son arrivée, de construire de longs navires sur la Loire, fleuve qui se jette dans l'Océan, de lever des rameurs dans la Province, de se procurer des matelots et des pilotes. Ces ordres sont rapidement exécutés ; lui-même, aussitôt que la situation le permit rejoint son armée. Les Vénètes et les autres peuples, apprenant l'arrivée de César et comprenant aussi quel crime ils avaient commis à son égard en retenant et jetant dans les fers des députés, titre dont le caractère est sacré et inviolable pour les peuples, commencent à faire des préparatifs de guerre proportionnés à l'importance du péril; ils pourvoient surtout à l'équipement des navires. Leur espoir de vaincre était d'autant plus grand qu'ils avaient confiance dans la configuration de leur pays.: leurs chemins de terres sont coupés d'estuaires. Ils savaient que l'ignorance où nous étions des lieux et le petit nombre des ports gênaient notre navigation. D'autre part, ils comptaient que notre armée, à cause du manque de blé ne pourrait pas rester là longtemps et en admettant même qu' il en advint autrement, cependant leur flotte était plus puissante que celle des romains qui manquaient de navires et n'avaient aucune expérience des lieux où ils allaient faire la guerre, des gués, des ports et des îles et la navigation était bien différente dans une mer fermée que dans le vaste l'immense océan. Leur décision prise lis fortifient leurs villes, y apportent les moissons, assemblent en Vénétie, où chacun pensait que César ouvrirait les hostilités, le plus grand nombre possible de navires. Ils s'assurent pour cette guerre l'alliance des Osismes, les Lexoviens, des Namnètes, des Ambiliates, des Morins, des Diablintes, des Ménapes; ils demandent du secours à la Bretagne, qui est située en face de ces contrées.
10 Telles étaient, comme nous venons de le montrer, les difficultés de cette guerre. Cependant de nombreuses raisons poussaient César à l'entreprendre: l'injure d'avoir gardé des chevaliers romains, la révolte après la soumission, la trahison après la remise des otages, la conspiration de tant de peuples; s'il ne châtiait pas ces crimes de quelques-uns, tout le reste de la Gaule estimerait avoir même licence... 11 ... Il envoie le légat Q. Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelles, Coriosolites et les Lexoviens pour les tenir en respect. Il donne au jeune D Brutus le commandement de la flotte et des navires gaulois fournis sur son ordre par les Picton, les Santons et les autres régions pacifiées avec l'ordre de partir au plus tôt pour le pays des Vénètes. C'est là qu'il se rend en personne , avec de l'infanterie.
Les Villes des Vénètes 12 Presque toutes les villes de cette région sont situées à l'extrémité de langues de terre et de promontoires. On ne peut y accéder à pied quand la mer est haute- ce qui se produit deux fois en vingt-quatre heures- ni avec des bateaux car, à marée basse, ils s'échoueraient sur des bas-fonds. C'était là un double obstacle au siège des villes; et si par hasard nos énormes travaux, venant à bout par des terrassements et de digues, de refouler la mer et d'atteindre le niveau des remparts, amenaient les insurgés à désespérer de leurs salut, ils faisaient approcher du rivage de nombreux vaisseaux dont ils avaient une quantité énorme. Ils transportaient tous leurs biens et se retiraient dans les villes les plus proches: là ils trouvaient les mêmes avantages. Cette tactique se renouvela une grande partie de l'été, d'autant plus facilement que le mauvais temps retenait nos navires et que, sur une mer vaste et ouverte où les marées sont fortes, les ports rares et presqu'inexistants, la navigation était très difficile.
Les navires des Vénètes
13 Les navires des Vénètes étaient construits et armés de la façon suivante: leur carène était sensiblement plus plate que celle de nos navires afin d'avoir moins à redouter les bas-fonds et le reflux; les proues étaient très relevées ainsi que les poupes, ce qui convient à la violence de vagues et des marées; les navires étaient construits entièrement en chêne pour supporter n'importe quel choc, n'importe quel assaut; les traverses avaient un pied d'épaisseur et étaient fixées par des chevilles en fer de la grosseur d'un pouce; les ancres étaient attachées, au lieu de câble par des chaines en fer; à la place de voiles, des peaux de cuirs minces et souples soit par défaut de lins et ignorance de son usage soit, ce qui est plus vraisemblable parce qu'on pensait que des voiles résisteraient mal aux tempêtes de l'océan et à ses vents impétueux, et seraient peu capables de faire naviguer des bateaux si lourds. n.b. Strabon précise que les planches n’étaient pas serrées mais que les jours étaient bouchés par des algues qui gardaient l’humidité . Quand notre flotte se rencontrait avec de pareils vaisseaux leur seul avantage était la vitesse et l'élan de nos rames; tout le reste était en faveur des navires ennemis, mieux adaptés à la nature de cette mer et à ses tempêtes. En effet l'éperon était impuissant contre leur coque, tant ils étaient solides - le trait atteignait difficilement son but à cause de la hauteur et il était difficile de les harponner. Ajoutez à cela que, En filant sous le vent lorsque celui-ci devenait violent, il leur était plus facile de supporter les tempêtes, qu'ils pouvaient mouiller plus facilement sur les fonds sans craindre autant d'être mis au sec, enfin que si le reflux les laissait, ils n'avaient rien à redouter des rochers et des écueils, toutes choses qui constituaient pour nos navires un danger redoutable.
La victoire navale de Brutus
14 Après avoir pris plusieurs villes d'assaut, César voyant l'inutilité de tant de peine - car la prise des villes ne pouvait empêcher l'ennemi de fuir ni de rester invulnérable- décida d'attendre la flotte. Dès qu'elle fut arrivée et que l'ennemi l'eut aperçue, deux cents navires environ, tout prêts et parfaitement équipés quittèrent le port et vinrent se ranger face à nos vaisseaux; Brutus qui commandait la flotte, les tribuns militaires, les centurions dont chacun avait la charge d'un navire, étaient incertains sur la conduite à tenir et la tactique à employer. Ils savaient que l'usage de l'éperon était impossible; on avait élevé des tours mais la hauteur des poupes ennemies les dominaient encore : aussi nos traits, lancés de bas en haut atteignaient difficilement leur but, et ceux de l'ennemi avaient toute leur force. Un seul engin nous fut d'une grande utilité : des faux très tranchantes, emmanchées de longues perches du type utilisé dans les sièges ( Strabon les décrits comme de perches munies de crochet)s. A peine les cordages qui attachaient les vergues aux mâts étaient-ils happés et amenés par ces faux qu'on les coupait en faisant force de rames; Après cela fatalement les vergues tombaient et comme tout dans ces navires dépendait des voiles et des agrès, ils devenaient inutilisables quand ils en étaient privés. Le reste du combat n'était plus qu'une affaire de courage: là la supériorité de nos soldats était évidente, d'autant plus que le combat avait lieu sous les yeux de César et de toute l'armée, si bien qu'aucune action d'éclat ne pouvait rester inconnue: en effet l'armée occupait les collines et les positions dominantes d'où on voyait la mer de près. 15 Une fois ses vergues abattues, chacun de leurs navires était cerné par deux ou trois des nôtres et nos soldats montaient de vive force à l'abordage. Dès que l'ennemi eut remarqué la chose, comme déjà un grand nombre de leurs vaisseaux étaient pris d'assaut, ils cherchèrent leur salut dans la fuite. Et déjà leurs navires prenaient le vent , quand soudain ce fut une telle bonace que les vaisseaux étaient immobilisés. Cette circonstance opportune acheva notre victoire. En effet les nôtres attaquèrent et prirent d'assaut, un à un, les navires ennemis si bien qu'il y en eu fort peu qui réussirent grâce à la nuit, à gagner le rivage. Le combat avait duré de la quatrième heure environ jusqu'au coucher du soleil.
Les Vénètes font leur soumission
16 Cette victoire acheva la guerre des Vénètes et de tous les peuples de la côte . En effet tous les hommes jeunes et mêmes les gens déjà âgés que distinguait leur sagesse ou leur rang avaient été rassemblés là avec tous les navires dont ils disposaient. Après les pertes de cette bataille les survivants n'avaient ni lieu de retraite ni moyen de défendre leurs villes. Aussi se rendirent-ils corps et bien à César. Celui-ci décida de les châtier sévèrement afin de faire respecter désormais par les barbares le droit des ambassadeurs. Aussi fi-il mettre à mort tous les sénateurs et vendre le reste à l'encan.
Le Légat Sabinius, vainqueur de Unelles
17 Pendant cette guerre des Vénètes, Q. Titurius Sabinius arriva chez les Unelles avec les troupes que César lui avait confiées. Ceux-ci avait à leur tête Viridorix. Il exerçait le commandement suprême sur les peuples révoltés d'où il avait tiré une armée fort nombreuse. Peu de jours après, les Aulerques, les Eburovices et les Lexoviens ayant massacrés leurs sénateurs qui ne voulaient pas la guerre fermèrent leurs portes et se joignirent à Viridorix.
Texte de Dion Cassius Historien grec
HISTOIRE ROMAINE de DION CASSIUS, L. XXXIX. Firmin Didot. - Paris 1855.- Tome 4 (de 57 à 48 avant JC). Traduction Etienne Gros.
…… 40. Sous le consulat de Marcellinus et de Philippe, César se mit en campagne contre les Vénètes, qui habitent sur les bords de l'Océan : ils s'étaient emparés de quelques soldats romains, envoyés sur leurs terres pour fourrager. Des députés vinrent les réclamer : les Vénètes les retinrent aussi, dans l'espoir d'obtenir en échange les otages qu'ils avaient donnés; mais César ne les rendit pas. Il envoya même des détachements dans diverses directions, les uns pour ravager les terres des peuples qui avaient soutenu la défection des Vénètes et les empêcher de se secourir mutuellement, les autres pour observer ceux qui étaient en paix avec les Romains, afin de prévenir de nouveaux mouvements; puis, il marcha en personne contre les barbares, après avoir fait construire dans l'intérieur des terres des barques qui pussent, d'après ce qu'il avait entendu dire, résister au flux et au reflux de la mer. Il les fit descendre par la Loire; mais l'été presque tout entier s'écoula sans qu'il remporta aucun avantage. Les villes des Vénètes, bâties dans des lieux fortifiés par la nature, étaient inaccessibles : l'Océan, qui les baignait presque toutes et dont les eaux montent et s'abaissent tour à tour, en rendait l'attaque impossible pour les troupes de terre et même pour les vaisseaux, au moment du reflux, ou lorsque les flots vont se briser contre le rivage. César fût dans le plus grand embarras jusqu'au jour où Décimus Brutus se rendit de la mer Intérieure auprès de lui avec des vaisseaux légers. Il ne comptait pas sur le succès, même avec le concours de ces vaisseaux : heureusement les barbares ne s'en inquiétèrent nullement, à cause de leur petitesse et de leur mauvaise construction; et ils furent vaincus.
41. Nos vaisseaux étaient légèrement construits et pouvaient voguer :avec célérité, comme l'exige notre, manière de naviguer, tandis que ceux des barbares, que la continuité de la marée exposait souvent à rester à sec et qui devaient être en état de supporter le flux et le reflux, étaient beaucoup plus grands et beaucoup plus lourds. Aussi les Vénètes, qui n'avaient jamais eu affaire à de pareils vaisseaux, en conçurent, d'après leur apparence, une mauvaise opinion et les attaquèrent pendant qu'ils étaient encore en mouillage, espérant les couler bas sans la moindre peine avec leurs avirons. Ils étaient poussés par un vent abondant et rapide, dont les voiles recueillaient d'autant plus avidement toute la force qu'elles étaient en peau.
42. Tant qu'il souffla, Brutus n'osa s'avancer contre les Vénètes, autant à cause du nombre et de la grandeur de leurs navires qu'à cause du vent qui les favorisait, ou parce qu'il craignait quelque piège. Il se disposa même à abandonner complètement ses vaisseaux et à se défendre contre leurs attaques sur terre; mais le vent tomba tout à coup, les flots se calmèrent, les navires des barbares, loin d'être poussés avec la même rapidité par les rames, étaient en quelque sorte rendus immobiles par leur pesanteur. Brutus alors reprit courage et fondit sur les ennemis : tantôt courant autour d'eux ou s'ouvrant un passage à travers leurs lignes ; tantôt s'avançant ou reculant, comme il voulait et autant qu'il le jugeait convenable; combattant ici avec plusieurs vaisseaux contre un seul, là avec autant de vaisseaux qu'en avaient ses adversaires, d'autres fois avec un nombre moindre, il leur faisait beaucoup de mal, sans courir le moindre danger. Avait-il le dessus quelque part, il les pressait sur ce point, brisait et submergeait leurs vaisseaux, ou bien il les escaladait de plusieurs côtés à la fois, attaquait les hommes qui les montaient et en massacrait une grande partie. Craignait-il d'avoir le dessous, il battait facilement en retraite, et, en définitive, il avait toujours l'avantage.
43. Les Vénètes, qui ne se servaient pas de flèches et qui ne s’étaient point pourvus de pierres, ne .croyant pas en avoir besoin, repoussaient jusqu'à un certain point les Romains qui combattaient de près; mais' ils ne pouvaient rien contre ceux qui se tenaient même à une courte distance. Ils étaient blessés ou tués, sans pouvoir se défendre : leurs vaisseaux étaient brisés par le choc des vaisseaux ennemis, ou consumés par les flammes ; quelques-uns même, dépourvus d'équipage, furent attachés à ceux des Romains et traînés à la remorque. A la vue d'un tel désastre, les soldats de la flotte barbare qui avaient survécu se tuèrent pour ne pas être pris vivants, ou s'élancèrent dans la mer, afin d'y trouver la mort sous les coups des vainqueurs en cherchant à escalader leurs vaisseaux, ou de toute autre manière. Ils ne leur cédaient ni en courage ni en audace, mais trahis par l'immobilité de leurs vaisseaux, ils furent réduits à la dernière extrémité car les Romains, dans la crainte que quelque vent ne vînt à s'élever encore et à mettre leur flotte en mouvement, dirigeaient de loin contre eux des perches armées de faux qui coupaient les cordages et déchiraient les voiles. Les Vénètes, forcés de soutenir, pour ainsi dire, un combat de terre sur leurs navires contre les Romains, qui pouvaient en toute liberté faire usage de leurs vaisseaux, périrent pour la plupart : le reste fut pris. César fit mettre à mort ceux qui occupaient le premier rang et vendit les autres.
44• Après cette expédition, il tourna ses armes contre les Morins et les Ménagions, leurs voisins : il espérait les effrayer- par le bruit de ses exploits et les subjuguer sans peine; mais il n'en dompta pas même une partie……
Extrait de Strabon Géographe et historien grec(né vers -60 , mort vers20 après J.C), qui n’a pas visité la Gaule.
IV 4-1 … Après les tribus déjà nommées, viennent les Belges qui vivent au bord de l’Océan. Ce sont tout d’abord les Vénètes adversaires de César au cours de la Bataille navale. Ils voulaient en effet l’empêcher d’avoir des relations maritimes avec la Bretagne, car ce pays était pour eux un lieu de commerce. Mais César remporta facilement la bataille navale. Il ne se servit pas d’éperons car la coque des Vénètes était épaisse, mais quand les Vénètes se dirigèrent vers lui, les romains abattirent leurs voiles à l’aide de perches munies de crochets. En raison de la violence du vent, leurs voiles étaient en cuirs et maintenues par des chaînes au lieu de cordes. L’importance des marées nécessite que leurs bateaux aient des fonds large, des hautes proues et des hautes poupes. Ils sont construits en chêne, qu’ils ont en abondance. Ils ne serrent pas trop les planches entre elles, laissant ainsi des jours. Mais ils comblent ceux-ci d’algues pour éviter que le bois, par manque d’humidité ne devienne sec une fois rentrés. Les algues sont en effet humides, tandis que le chêne est un bois sec et sans résine.
Ce sont les Vénètes, je pense , qui établirent la colonie qui se trouve sur l’Adriatique. En effet presque tous les Celtes qui sont en Italie viennent d’au-delà des Alpes comme les Boii et les Senons. Mais, à cause de la ressemblance, on les appelle des Paphlagoniens. Je n’affirme rien toutefois. Pour de telles questions, il vaut mieux se tenir à ce qui est probable. Puis viennent les Osismes que Pytheas appelle Ostimes. Ils habitent sur une sorte de promontoire, s’étendant probablement très loin dans l’Océan mais sans doute moins loin qu’il ne l’a dit, lui et ceux qui se sont fiés à lui.
Pline le jeune dans son Histoire Naturelle mentionne dans son livre XXXII que l’Océan dans le secteur de s Vénètes avait de nombreuses îles dites vénétiques.
COMMENTAIRES par C.Delas sur toutes ces informations anciennes
1) a D’abord elles ont été rédigées à la même époque et concordent ou se complètent.
Les dissonances comme celles de Strabon qui confond les cordages des voiles avec les chaines des ancres ne sont pas des différences. La traduction en français des faux de siège par faux (agricole) dans le cas du texte de César, puisque les autres disent couteaux emmanchés, ne tient pas mais a induit en erreur de nombreux lecteurs qui ne se sont pas rapportés aux 2 autres textes. 1 ) b Il y a ambiguïté sur les bateaux utilisés par César/ Brutus: César les mentionne plusieurs fois, évoquant des bateaux soit d'origine gauloise, soit d'origine romaine et il dit que Brutus a reçu le commandement de ces 2 flottes. Dion Cassius parle nettement de navires méditerranéens. Il devait y avoir les 2, mais César n'est pas marin. Et dans les 2 camps, il doit y avoir des petits bateaux. La préparation des navires vénètes pour le combat révèle une carence car s'ils avaient emporté des grosses pierres, ils auraient pu couler/ fracasser un bon nombre des galères type méditerranéen. 1) Sur le plan militaire les descriptions sont suffisantes. Il reste cependant à les transcrire en termes modernes
2) GEOGRAPHIE
Ces textes confirment bien que le Golfe du Morbihan actuel est la place qui a le plus de vraisemblance pour être le cœur du territoire des Vénètes à cette époque, avec Locmariaquer ou Vannes pour capitale mais aussi des villes, au bout de langues de terre. C'est assez sommaire car ce n'est pas au bout de langues de terre d'après nos cartes actuelles, qu'on situe un port surtout si on est romain, mais on se rend compte que les apports de sable du Moyen Age et la montée des eaux ont modifié sérieusement le dessin du paysage dans les zones de marnage et le dessin de la carte de Cassini est plus suggestif pour comprendre son aspect ancien .
La langue de terre qui a transformé l'île de Quiberon qui est au sud du Fort de Penthièvre, en presqu'île, n'existait pas alors, en dépit des eaux plus basses, les hauts fonds du N.W. de l'île de Houat et surtout de Hoëdic barraient la mer et faisait de la Baie de Quiberon, une baie réelle percée en son fond par un goulet facile à contrôler ce qui fait que le texte de César inclut toute la côte depuis l'embouchure de la Vilaine jusqu'à Lorient et avant une ligne Le Pouldu/ Qimperlé.
Coté terre il y avait beaucoup de forêts. Cela protègeait les habitants des incursions ennemies, et fournissait du matériau de construction. Cela avait également compliqué le ravitaillement des romains en blé et leurs circulations. Il semble y avoir une certaine concordance entre le territoire des Vénètes et celui des hommes des mégalithes, fortuite certes mais peut-être du à des critères de sélection ou un mode de vie similaire.
Visiblement l’économie des Vénètes était tournée vers la mer mais ils avaient main mise sur assez de terres pour être autosuffisants en céréales surtout le seigle, le bled-seigle et l'épeautre ou autres denrées.
La BATAILLE fin de l'été- l'équinoxe.
1 La Solution traditionnelle Vue du site de la bataille navale depuis le tumulus de Tumiac, l'observatoire présumé de César Vers l' Est-Sud-Est
Le propre de ce récit est d'avoir été écrit par des terriens tant César que traducteurs, adaptateurs . On lira plus loin une autre solution inspirée par un marin :
Visiblement César ne savait pas trop comment s’y prendre; l’Océan lui posait problèmes et les techniques militaires des Romains s’adaptaient mal à ce genre de guerre (pourtant avec sa chance coutumière il ne sera jamais battu en mer ) mais il savait qu'il risquait de la casse. Il va escarmoucher tout l’été pour trouver ou créer une feinte, un point faible; en vain. Je rappelle que les romains étaient de braves terriens, très forts en combat en plaine dans le cadre d' une bataille rangée mais pas habitués à ce genre de situation. Et de plus , à part une région côtière dégagée, le reste est occupé par la célèbre forêt bretonne Il fait construire une flotte de type local par les Pictons voisins, mais ses hommes savent mal s’en servir. Selon Dion Cassius et les ambiguïtés du texte de César, ce dernier aurait fait aussi (à grand frais ?,) venir du midi une flotte de galères que Brutus, chef des 2 flottes, et ses marins maniaient bien et ce sont ces navires là qui iront au casse-pipe selon ses dires. Les Vénètes, quand les voient, selon Dion Cassius, ne sont guère impressionnés. César a disposé des légions le long de la côte. Depuis le Tumulus dit de César il aurait observé les 2 armées. Brutus passe St Gildas quand le vent de tempête se lève peut-être est-ce le Noroit dit Galerne par les celtes mais c'est plutôt le vent d'ouest qui génère des vagues et entraine les bateaux vénètes plutôt vers la côte comme le dit D. Cassius. Brutus doit se protéger et se rapprocher de la belle plage qui va de St Gildas au Petit Mont de Port Navalo, cela le protège des vagues et des courants. Il y fait jeter l’ancre en attendant la fin du coup de vent.
La photo ci-dessus montre de gauche à droite: la sortie de Port Navalo, le petit Mont, la plage dite de Brutus
La plage de Brutus , selon Dion Cassius qui ne mentionne pas le mot mais qui l'implique.
Pour la situer et la dessiner il y a 2 inconnues:
I une première, mineure car chiffrable = le niveau de la mer était 2m plus bas qu'aujourd'hui. II L'ensablement avant la création du tombolo de Quiberon au Moyen Âge n'est pas quantifiable, mais certain: Le orange est la terre ferme et n'a pas bougé, le bleu clair se lit P eau= 1 à 4m environ et la ligne entre le blanc et le jaune est actuelle sans autre prétention mais représente ce qui était la mer.
II-1 Au N.O. du tombolo de Quiberon, l'ensablement était faible et même je pense qu'il n'y avait pas de plage. Cette observation est en accord avec la direction générale des vents et courants côtiers. II-2 Le tombolo est asymétrique nettement plus ensablé au S.E. comme la côte vers Carnac, dont la plage reste aujourd'hui, pleine de pitons rocheux permanents, donc sous César ce n'était pas une plage. II-3 Pour les côtes au S.E. de la Trinité, je ferais la même remarque. II-4 Après la passe de Port Navalo qui cale à plus de 30 m et le Petit Mont il y a une belle plage que j'appelle de Brutus, large de plus de 500m jusqu'à -5m de profondeur soit 3 ou 4m du temps des Romains. Elle devait donc être un peu moins large du temps de Brutus, car moins ensablée; ce phénomène joue en sens inverse de la baisse des eaux quant à la hauteur d'eau, mais cela représente bien un bon emplacement pour débarquer dans l'urgence et se protéger de la mer lors du fameux coup de vent( voir le croquis)
Les Vénètes avaient noté cette situation qui les avantageaient et hissent les voiles; ils sont poussés par un vent favorable s'il est nord ouest ou par la marée descendante et ils arrivent bientôt en bonne position pour attaquer, comme le dit Dion Cassius, même si le vent les entraine un peu vite. César, de son tumulus, si cela est vrai, voit mal à plus de 2 km et sans jumelles et avec la pluie, ce qui explique son texte alambiqué alors que Dion Cassius a une autre source, tiré probablement de Tite-Live dont le rapporteur devait être sur le Petit Mont. Brutus prend alors ses dispositions de retraite en se mettant le plus possible à la côte car la catastrophe est inéluctable, les légions romaines étant en recueil sur la plage, suivant les plans de César.
Coup de théâtre, la bonace s’installe et les rapports de force changent de camp comme l'explique D. Cassius . La déroute des Vénètes a été totale comme le décrivent les textes ci-dessus.
N.B. La vengeance excessive de César, comme le mentionne Napoléon 1er, doit être liée à son désir d'en finir car il est en colère froide comme il le dit; après un été perdu par leur résistance avec les dépenses que cela a entrainé en particulier la construction de bateaux et donc il se débarrasse des Vénètes, dont on ne reparlera plus. Mais cette vengeance est peut-être renforcée par la volonté d'offrir à Rome le contrôle des routes de l'étain de Cornouaille, métal si stratégique à cette époque où le bronze ou l'étamage était indispensable et où les mines de l'Indonésie étant encore inconnues. La disparition du trafic maritime des Vénètes est alors bienvenue, mais cela est supposition pure dont César ne parle pas, car ce n'est pas politiquement correct.
C'était le récit de la Bataille que j'avais envisagé d'abord puis Gilles Rocher, un skipper expérimenté, après avoir lu mon texte, m'a donné une série d'arguments de marins pour m'expliquer en quoi notre texte boitait et j'ai joué le jeu; un argument psychologique est que les commentaires dits d'historiens ont tous été faits par des terriens dont nombreux sont ceux qui ne savaient pas nager.
En est résulté une
Nouvelle Version Le premier point capital est que l'isthme de Quiberon n'existait pas à l'époque de César. L'isthme se fera après les grandes déforestations du Xème siècle et le rattachement de Quiberon au continent ne se fera qu'au XIème siècle avec les sédiments que la mer amène. Le fort de Penthièvre marque la pointe nord de l'île. La largeur de l'isthme à cet endroit, de nos jours est réputée de 23m à marée haute ce qui oblige la route à croiser la voie ferrée. A marée haute, les photos confirment l'étroitesse de la langue sableuse ( voir la photo ci-avant). Gilles Rocher souligne également l'importance des hauts fonds actuels qui émergent par endroits entre Hoëdic, Houat et Quiberon qu'il faut prendre en compte pour les courants de marée et la mer, avec une prépondérance des courants vers l'Ouest et probablement sous le tombolo de Quiberon. Un deuxième point est la signification du mot portus pour un Romain : c'est un bassin à flot bien délimité et protégé, ce qui n'est pas le cas de Port Navalo et de la rivière d'Auray. Un troisième point est que César ne parle pas de hauteurs d' où il aurait observé la bataille navale mais simplement il mentionne 'une côte plate' d'où on voit bien la mer. Je dois ajouter que si il a vu la bataille au large de la plage de Brutus il n'a pas pu les voir sortir du port de la Trinité et vice-versa. à cause des distances. Le tumulus dit de César permet de surveiller le Golfe mais est assez loin de la mer surtout par mauvais temps pour avoir été un point d'observation, à l'inverse du Petit Mont. Un quatrième point: Selon Gilles Rocher, le Golfe du Morbihan ne convient pas pour la vie courante d'une nation puissante. Ce ne peut être qu'un site de secours, une sorte d'oppidum; De fait la navigation d'un navire lourd, à voile y était difficile, et pourquoi ne pas considérer toute la Baie, Pline parle des îles vénétiques ? Spontanément, Gilles Rocher, pour son choix du port dont parle César, se porte sur la Trinité, qui était un vrai port et où la rive Ouest , sableuse permettait au temps de César, faute de quais, de faire des transbordements.
Vue de La Trinité sur mer Voir : la rive ouest(à gauche) est sableuse ;la rive Est est rocheuse; le ria derrière le pont n'est pas très important; le niveau de la mer était alors 2m plus bas et avec moins de sable.
Après vérification que l'isthme n'existait pas et que le puissant peuple vénète devait avoir plusieurs villes où comptoirs, y compris en G Bretagne, il m'a donné une série de sites possibles pour une concentration navale, outre la Trinité: J'ai éliminé Lorient comme port d'où la flotte aurait pu se concentrer et sortir, trop loin du Golfe zone de refuge et trop proche de la région des Osismes, voire incluse. Puis il y a l'Etel un ria tout à fait convenable mais communiquant aujourd'hui avec une grande étendue d'eau, se vidant à marée basse et raison de violent courants de marée atteignant 9 nœuds au pont et 4 à 6 dans le ria, sans plage de sable. A l'époque romaine les courants, bien que plus réduits qu'aujourd'hui, y étaient plus vigoureux que sur la rivière d'Auray. Ce n'était pas un port Puis il y a l'anse de Carnac sans valeur, avant le ria de La Trinité et la passe de Port Navalo Sur l'île de Quiberon il y a un abri, qui n'est pas un port: le port Haliguen, cher aux royalistes émigrés sous la révolution de 1789, que je ne retient pas. Donc dans l'ordre je retiens: La Trinité, la rivière d'Auray, Etel . et puis tout pesé je ne garde que La Trinité Le récit de César sur la bataille navale n'est pas clair, celui de Dion Cassius est plus parlant. Celui-ci s'applique bien pour les côtes du ria de La Trinité, celles d'Etel sont basses et trop lisses pour servir de quai de commerce et les courants sont trop forts. Cela explique que César ait mal vu cet engagement qu'il ne comprend guère puisqu'il n'était pas sur son tertre au moins au début, alors que l'informateur de Dion Cassius est plus à son affaire.
Les populations voisines rentrent dans le rang. L’affaire est terminée.
C.Delas
Annexe
IV) Compléments préhistoriques armoricains.
A l'occasion de cette étude sur les Vénètes, j'ai eu à connaître des données sur la Bretagne ou plutôt l'Armorique, pour établir à mes yeux que le niveau moyen de la mer monte depuis les temps néolithiques, suite à la fonte des glaces et qu'à l'époque mégalithique il était –6 à 7 m plus bas que aujourd'hui, que cette fonte soit due à un réchauffement de l'air ou à la transformation de la croûte terrestre ou des deux, et que cela dure depuis. Il y a en outre quelques modifications locales dues à un apport d'alluvions après l'an mille
Je vais donc énumérer quelques observations :
1) La dernière glaciation dite du Würms a eu son maximum d'intensité il y a 20 000 ans, et depuis la température externe de la Terre remonte régulièrement en corrélation avec l'activité solaire. Les continents, allégés remontent et nos rias bretons émergent. Il y a quelques irrégularités dans cette progression, la dernière se situant vers 1915 et la précédente au petit âge glacière de Louis XIV. Par ailleurs l'homme de Néanderthal a été supplanté par HOMO SAPIENS, progressivement depuis 40 000 ans, et nous "polluons" la terre depuis plus de 5000 ans, les mésopotamiens ayant inventé l'agriculture, on dit, depuis plus de 10 000ans, et les Français de Tautavel ( Corbière), le feu il y a plus de 5000 ans B.C.. Cela nécessite des arbres, des graines, des températures en moyenne positives
2) La civilisation Mégalithique de Bretagne est daté de 5000 BP ou 3000 BC, avec des vestiges datés au carbone 14 . Cela concorde. Il en résulte bien que le niveau moyen des mers était de 6 à 7 m plus bas qu'aujourd'hui, tant au nord qu'au sud de la péninsule armoricaine. Il y a bien sûr quelques anicroches locales à cette simplification, ne serait-ce que pour des mouvements tectoniques locaux, comme vous pouvez le penser. 3) Voici quelques exemples en pays du Léon : Village néolithique de Curnic en Guisseny, pays du Léon, daté au carbone 14 de 5100+- 60 BP, limite entre néolithique ancien et moyen. La tourbière qui le surmonte se situe aujourd'hui juste au dessous du niveau moyen de la mer.
Le dolmen de Carn en Ploudalmazeau de 100 ans plus tard, a ses pieds léchés par les marées basses. A Lilia en Plouganeau, face au phare de la Vierge, il y a le Menhir de Men Ozarc'h dont la base est à – 1,7m sous le niveau moyen de la mer. On dit que ces monuments funéraires étaient toujours sur les hauteurs voisines, qui surmontaient les habitations, dans le cas, selon les auteurs, de 6 à 7 m.
L'allée couverte de Kernic/ Guernivit, citée plus haut dans le texte, est confirmée par celle de Lerret à Kermaguel-Kérouan dont le point bas est à +0,83 m au dessus du niveau moyen.
Le tumulus ou Cairn de Barnenez en face de Morlaix, long de 70m, haut de 9 m recouvrant 11 chambres funéraires et fait de 7000 t de pierres , dans un premier temps fait de diorite vers 4500 ans avt J.C.et dans un deuxième temps vers 3500 avt J.C fait de granite. Il est situé très en hauteur 1 Je mentionne le cairn de Barnenez car il est le pendant de celui de Gravrinis, qui n'était pas encore sur une île et du tumulus de César , du même âge et technique car il en est le plus impressionnant 2 il est venu à certains esprits que de mélanger des faits de Bretagne sud avec d'autres de Bretagne nord n'était pas sans risque. Cette critique se comprend MAIS la tectonique bretonne est si ancienne, essentiellement hercynienne et éteinte depuis longtemps alors que ces esprits ont en tête les récentes phases de la terre, voire alpine. Le zéro des mers en géodésie mondiale est accepté moyennant des adaptations gravimétriques à l'échelle de la planète. Le fait que l'amplitude des marées soit, je simplifie, le double au nord qu'au sud, s'explique par des effets lunaires et cela depuis Newton et ne change pas les autres paramètres. C. Delas et ses co-auteurs
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