césar et bellovaques

          - César après Alésia    d'après le B.G.

                                                                           2 Février 2016

CESAR  et les BELLOVAQUES           en 51 avant jésus Christ.


Comme le plus souvent dans le site , cet essai est à plusieurs mains : en gros ,car chacun a participé à la discussion d'ensemble , les réflexions géologiques et hydrographiques sont de Claude Delas aidé de Georges Donat, ingénieurs civils des mines, les développements militaires de Marc Terrasson officier général (2° section) et de quelques amis anciens officiers, les corrections latines du professeur Yves Texier, et le maintien au plus près de l’orthodoxie archéologique, de Monsieur et Madame Leman.

Cet épisode s’inscrit après la chute d’Alésia en automne 52 et démarre en plein hivernage 52-51

 

1 /                       Le texte d’Hirtius  B.G. livre VIII

Traduction L. Constans.

  N.B.     Nous avons  mis en italique les mots les plus caractéristiques pour notre reconstitution  et en petits caractères les emprunts utiles, aux notes de bas de page de Constant

 

Livre 8 du B.G.  chap VI  

       César, jugeant qu’il suffisait , au plus fort de la mauvaise saison, de disperser les groupes qui se formaient, afin de prévenir par ce moyen la naissance d’une guerre,  ayant , d’autre part , la conviction autant qu’on pouvait raisonnablement le prévoir qu’aucune grande guerre ne saurait éclater pendant  qu’on était encore  en quartier d’hiver, confia ses deux légions à C. Trébonius avec ordre d’hiverner à Cenabum ( on était à la fin de Janvier ou au début Février); quant à lui, comme de fréquentes ambassades des Rèmes l’avertissaient que les Bellovaques dont la gloire militaire surpassait celle de tous les Gaulois et des Belges, unis aux peuples voisins sous la conduite du Bellovaque  CORREOS et de l’Atrébate Comnios, mobilisaient  et concentraient leurs forces dans le dessein de  prononcer une attaque  en masse contre les Suessions, qu’il avait placé sous l’autorité des Rèmes, estimant d’autre part  que son intérêt autant que son honneur exigeaient qu’il ne fut fait aucun mal à des alliés dont  Rome avait tout lieu  de se louer, il rappelle la XI  légion, écrit par ailleurs à C. Fabius d’amener chez les Suessions les deux  légions (il était cantonné chez les Rèmes » et demande à Labiénus l’une des 2 siennes ….

Chap VII       Quand il a réuni ces troupes il marche contre les Bellovaques, campe sur leur territoire et envoie dans toutes les directions des détachements de cavalerie pour faire quelques prisonniers qui pourront lui apprendre  les desseins de l’ennemi . Les cavaliers s’étant acquittés  de  leurs missions, rapportent qu’ils n’ont trouvé que peu d’hommes dans les maisons- et qui n’étaient pas restés pour cultiver leurs champs ( car on avait procédé  avec soin à une évacuation totale)  mais qu’on avait renvoyé pour faire de l’espionnage. En demandant à ces hommes où se trouvait le gros de la population et quelles étaient les intentions des Bellovaques, César obtient les renseignements suivants : tous les Bellovaques en état de porter les armes s’étaient rassemblés  en un même lieu et avec eux  les Ambiens les Aulerques, les Calètes, les Véliocasses,les Atrebates ; ils avaient  ils avaient choisi pour leurs camp une position dominante, au milieu d’un bois qu’entourait un marais et  ils avaient réuni leurs bagages dans des forêts situées en arrière ( l’emplacement probable était le Mont St Marc, colline boisée située à l’entrée  de la forêt de Compiègne et commandant  la route de Soissons à Compiègne. Le marais, c’est un ruisseau marécageux, le ru de Berne qui cerne le Mont St Marc au sud et à l’Ouest et se jette dans l’Aisne à l’angle NO  de la colline) Nombreux étaient les chefs qui avaient poussé à la guerre, mais c’était surtout à Corréos que la masse obéissait parce qu’on le savait animé d’une haine particulièrement violente contre Rome. Peu de jours auparavant, l’Atrébate Comnios avait quitté le camp pour aller chercher des renforts chez les Germains qui étaient à proximité et en nombre infini. Le plan des Bellovaques arrêté de l’avis unanime des chefs et approuvé avec  enthousiasme par le peuple était le suivant : si, comme on le disait César venait avec 3 légions ils offriraient le combat pour ne pas être forcés plus tard  de lutter avec l’armée entière dans des conditions beaucoup plus dures ; s’il amenait de plus gros effectifs, ils ne quitteraient pas la position qu’ils avaient choisie mais ils empêcheraient les Romains en dressant des embuscades de faire du fourrage qui vu la saison était rare et dispersé et de se procurer du blé et autres vivres.

Chap VIII      les deux armées s’observent

  César en possession de ces renseignements que confirmait l’accord des témoignages, jugeant que le plan qu’on lui exposait était fort sage et très éloigné de l’ordinaire témérité des Barbares, décida qu’il devait tout faire pour que l’ennemi, méprisant la faiblesse de ses effectifs, livrât bataille plus tôt. Il avait  en effet avec lui ses légions les plus anciennes d’une valeur hors ligne la septième, la huitième et la neuvième plus une autre la onzième dont on pouvait attendre beaucoup, qui était composée d’excellents éléments mais qui pourtant après 8 ans de campagnes n’avait pas , comparée aux autres la même réputation de solidité éprouvée. Il convoque donc un conseil, expose tout ce qu’il a appris, affermit le courage des troupes. Pour tâcher  d’attirer l’ennemi au combat en ne lui montrant que 3 légions, il règle ainsi l’ordre de marche : les septième huitième et neuvième légions  iraient en avant ; ensuite viendraient les bagages qui bien que tous groupés ensemble ne formaient qu’une assez mince colonne , comme c’est l’usage dans ces expéditions. La onzième légion fermerait la marche ; ainsi on éviterait de montrer à l’ennemi des effectifs supérieurs à ce qu’il souhaitait. Tout en observant cette disposition on forme à peu près le carré et l’armée ainsi rangée arrive à la vue de l’ennemi plus tôt qu’il ne s’y attendait ;

Chap  IX                       Lorsque soudain les  Gaulois virent les légions s’avancer d’un pas ferme et rangées comme à la bataille , eux dont on avait rapporté à César les résolutions pleines d’assurance, soit qu’alors l’idée du danger les intimide ou que la soudaineté de notre approche les surprenne ou qu’ils veuillent attendre nos décisions, ils se contentent de ranger leurs troupes en avant du camp sans quitter la hauteur . César avait souhaité la bataille, mais en présence d’une telle multitude dont le séparait  une vallée plus profonde que large, il établit son camp en face du camp ennemi . ( On place généralement le camp de César  sur le mont St Pierre au sud du mont St Marc, de l’autre coté du ru de Berne . Des fouilles faites sous Napoléon III y ont fait découvrir des vestiges …)        Il fait construire un rempart de 12 pieds  avec un parapet proportionné à cette hauteur, creuser 2 fossés de 15 pieds de large à parois verticales, élever de nombreuses tours à trois étages, jeter entre elles des ponts que protégeaient du coté extérieur des parapets d’osier ; de la sorte le camp était défendu par un double fossé  et par un double rang de défenseurs, l’un qui des passerelles moins exposé en raison de la hauteur de la position, pouvait lancer des traits avec plus d’assurances et à plus longue portée, l’autre qui était placé plus près de l’assaillant sur le rempart même et que la passerelle abritait des projectiles. Il garnit les portes de battants et les flanqua de tours plus hautes.

 

Chap X                     Le but de cette fortification était double. L’importance de ces ouvrages devait en faisant croire qu’il avait peur,  encourager les Barbares ; d’autre part il fallait aller plus loin pour faire du fourrage et se procurer du blé, de faibles effectifs pouvaient assurer la défense du camp, déjà défendu par ses fortifications. Il arrivait  fréquemment que de part et d’autre, de petits groupes s’avançaient en courant et escarmouchaient entre les 2 camps sans jamais franchir le marais. Parfois cependant il était traversé soit par nos auxiliaires gaulois ou germains qui poursuivaient alors vivement l’ennemi, soit par l’ennemi lui-même qui, à son tour nous repoussait assez loin. Il arrivait aussi , comme on allait chaque jour au fourrage,- et l’inconvénient était inévitable car les granges où l’on devait aller prendre le foin étaient rares et dispersées- qu’en des endroits d’accès  difficile,  des fourrageurs isolés fussent enveloppés ; ces incidents ne nous causaient que des pertes assez légères de bêtes et de valets mais ils inspiraient aux Barbares des espoirs insensés et cela d’autant plus que Comnios qui , je j’ai dit, était allés chercher des auxiliaires germains, venait d’arriver avec des cavaliers; ils n’étaient pas plus de cinq cents mais que les Germains soient là, c’était assez pour exalter les Barbares.

Chap XI        César, voyant que les jours passaient et que l’ennemi restait dans son camp sous la protection d’un marais et avec l’avantage d’une position naturelle très forte, qu’on  ne pouvait en faire l’assaut sans une lutte meurtrière et que pour l’investir il fallait une armée plus nombreuse, écrit à C. Trebonius d’appeler au plus vite la treizième légion qui hivernait avec le légat T. Sextius chez les Bituriges et ayant ainsi trois légions de venir le trouver à grandes étapes ( … entre le moment où César écrit à Trébonius et  celui où les 3 légions sont arrivées , il a du attendre une dizaine de jours ; il faut compter 3 jours pour porter la lettre, 3 jours pour faire venir la légion de Sextius, 5à6 jours de marche d’Orléans à la forêt de Compiègne)  en attendant , il emprunte à tour de rôle à la cavalerie des Rèmes, des Lingons  et des autres peuples dont il avait mobilisé un fort contingent, des détachements  qu’il charge d’assurer la protection des fourrageurs en soutenant les brusques attaques de l’ennemi.

Chap XII       Chaque jour on procédait de la sorte, et déjà l’habitude  amenait la négligence conséquence ordinaire de la routine ; les Bellovaques qui savaient où se postaient chaque jour nos cavaliers font dresser par des fantassins d’élite une embuscade dans un endroit boisé et y envoient le lendemain des cavaliers  qui devront d’abord attirer les nôtres pour que ensuite les gens de l’embuscade les enveloppent  et les attaquent.  La mauvaise chance tomba sur les Rèmes dont c’était le jour de service. Apercevant soudain des cavaliers ennemis , comme  ils étaient les plus nombreux  et n’éprouvaient que du mépris pour cette poignée d’hommes , ils se laissèrent entrainer à leur poursuite ; les fantassins les entourèrent de tous les côtés. Surpris par cette attaque, ils se retirèrent à plus vive allure que ne le veut la règle ordinaire d’un combat de cavalerie et perdirent le premier magistrat de leur cité  Vestiscos qui commandait la cavalerie ; il pouvait à peine en raison de son grand âge, se tenir à cheval mais selon l’usage gaulois , il  n’avait pas voulu que cette raison le dispensât du commandement ni que l’on combattit sans lui . Ce succès  et la mort du chef civil et militaire des  Rèmes, enorgueillit  et excite l’ennemi. Les nôtres apprennent  à leurs dépens à reconnaitre  les lieux avec plus de soin avant d’établir peurs postes  et à poursuivre avec plus de prudence quand l’ennemi cède le terrain.

ChapXIII       Succès des Germains de César    

  Cependant  il ne se passe pas de jours  qu’on ne se batte à la vue des 2 camps aux endroits guéables du marais. Au cours d’un de ces engagements, les germains que César avait fait venir d’au delà du Rhin  pour les faire , renvoient pendant la nuit combattre,  mêlés aux cavaliers franchissent résolument, tous ensemble  le marécage, tuent les quelques ennemis qui résistent et poursuivent avec vigueur la masse des autres.  La peur saisi l’ennemi, non seulement ceux qui étaient serrés de près ou que les traits atteignaient de loin  mais même les troupes  qui étaient selon l’habitude, placées en soutien à bonne distance  prirent honteusement la fuite et délogés à plusieurs reprises de  positions dominantes, ils ne s’arrêtèrent qu’une fois à l’abri leur camp. Quelques uns même confus de leurs conduite  se sauvèrent au delà . Cette aventure émut si fort toute l’armée ennemie qu’on n’aurait pu dire qui l’emportait  de leur insolence au moindre succès  ou de leur frayeur au moindre revers.

Chap XIV        Les Bellovaques  changent de position           Plusieurs jours se passent sans qu’ils bougent de ce camp . Lorsqu’ils apprennent que les légions et le légat  C. Trebonius sont à peu de distance, les chefs des Bellovaques craignant un blocus comme celui d’Alésia , renvoient pendant la nuit ceux qui sont trop âgés ou trop faibles ou sans armes et avec eux tous les bagages . Ils étaient occupés à mettre de l’ordre dans la colonne où régnaient l’émotion  et la confusion  ( les gaulois ont l’habitudes mêmes pour les expéditions les plus brèves de se faire suivre d’une foule de chariots ) lorsque le jour les surprend. Ils rangent devant le camp  des troupes en armes pour empêcher les Romains de se mettre à leur poursuite avant que la colonne des bagages ne soit déjà à une certaine distance. César, s’il ne pensait pas devoir attaquer des forces prêtes à la résistance quand il fallait gravir une colline si escarpée en revanche n’hésitait pas à  faire avancer ses  légions assez loin pour que les Barbares sous la menace de nos troupes ne pussent quitter les lieux. Voyant donc qu’entre les 2 camps s’étendait un marais qui formait un obstacle sérieux capable d’empêcher une poursuite rapide, observant d’autre part que la hauteur qui de l’autre coté du marais touchait presque au camp ennemi, en était séparé par un petit vallon, il jette des passerelles  sur le marais le fait franchir par ses légions et atteint promptement le plateau qui couronnait la colline et qu’une pente rapide protégeait sur les 2 flancs.( La colline est le mont Coilet à l’est du Mont St Marc un petit ravin l’en sépare ; elle a des pentes  rapides au sud vers les étangs formés par le ru de Berne  et au nord vers le village de Trosly) . Là il reforme ses légions puis ayant gagné l’extrémité du plateau , les range en bataille sur un emplacement d’où les traits des machines pouvaient atteindre les formations ennemies .  atteindre les formations ennemies . 

Chap XV                     Les Barbares , confiants dans leur position, ne refusaient pas de se battre si jamais les Romains essayaient de monter à l’assaut de la colline; quant à renvoyer leurs troupes par petits paquets, ils ne pouvaient pas le faire sans avoir à craindre que la dispersion ne les démoralisât. Ils restèrent donc en ligne. Quand il les voient bien décidés, César laissant vingt cohortes sous les armes    en trace un camp à cet endroit   et ordonne qu’on le fortifie . Les travaux achevés il range les légions devant le retranchement  place les  cavaliers en grand’ garde  avec leurs chevaux tout bridés. Les Bellovaques voyant que les Romains étaient prêts à la poursuite, comme d’autre part  ils ne pouvaient veiller toute la nuit  et qu’il y avait danger à demeurer plus longtemps sur place, eurent recours pour s’en aller au stratagème suivant :  Se faisant passer de main en main les bottes de paille  et les fascines  qui leurs avaient   servis de siège – on a vu dans les précédents commentaires Gaulois avaient coutume de s’asseoir sur une fascine- et dont il y avait dans le camp une grande quantité, ils les placèrent devant leurs ligne et à la chute du jour , à un signal donné, ils de César que les les enflammèrent touts ensemble. De la sorte un rideau de feu déroba brusquement toutes leurs troupes à la vue des Romains  les Barbares profitèrent de ce moment-là pour s’enfuir à toutes jambes..

 

Chap XVI                     La barrière des incendies  masquait à César  la retraite des ennemis ; mais se doutant qu’ils les avaient allumés pour faciliter leur fuite , il porte ses légions  en avant et lance sa cavalerie à leur poursuite ; toutefois craignant un piège au cas où l’intention de l’ennemi serait de se maintenir sur sa position  et de nous attirer en terrain désavantageux, il n’avance lui-même qu’avec lenteur .es cavaliers . Les cavaliers hésitaient à entrer dans la zone incendiée où la fumée était fort épaisse  et les flammes pressées ; ceux qui plus audacieux , y pénétraient voyaient à peine la tête de leur chevaux et laissèrent les Bellovaques se retirer librement. Ainsi cette fuite où se mêlaient la peur et l’astuce leur permis de gagner  sans être aucunement inquiétés à une distance de dix miles au plus une position très forte où là , plaçant ils établir leur camp. De là plaçant souvent des fantassins et des cavaliers en embuscade , ils faisaient beaucoup de mal aux romains quand ceux-ci allaient au fourrage.

 

Défaite et Mort de Correos    Chap XVII   

 

Ces incidents se multipliaient lorsque César apprit par un prisonnier que Correos chef des Bellovaques , ayant formé une troupe de six mille fantassins particulièrement valeureux et de mille cavaliers choisis entre tous, les avait placés en embuscade à un endroit où il soupçonnait que l’abondance du blé et du fourrage  attirerait les Romains . Informé de ce plan, il fait sortir plus de légions que d’habitude  et envoie en avant la cavalerie qui escortait toujours les fourrageurs ; il y mêle des auxiliaires légèrement armés ; lui-même à la tête des légions, approche le plus près possible.

Chap XVIII                  Les ennemis placés en embuscade avaient choisi pour l’action qu’ils méditaient une plaine qui n’avait pas plus de 1000 pas d’étendue en tous sens et que défendaient de tous côtés des bois impraticables ou une rivière très profonde ; ils s’étaient embusqués alentour , l’enveloppant comme un filet. Les nôtres qui s’étaient rendus compte des intentions de l’ennemi, qui étaient équipés pour le combat et le désiraient  car se sentant soutenus par les légions, il n’était pas de lutte  qu’ils n’acceptassent , entrèrent dans la plaine escadron  par escadron. Les voyant arriver, Correos  pensa  que  l’occasion d’agir  lui était offerte :il commença par se montrer avec un petit nombre d’hommes et chargea les premières unités . Les nôtres soutinrent fermement le choc en évitant de se réunir en un groupe compact, formation qui généralement dans les combats de cavalerie, quand elle est l’est l’effet  de quelque panique, rend redoutable pour la troupe son nombre même.

Chap  XIX              Les escadrons avaient pris chacun position et n’engageaient que de petits groupes qui se relayaient à tour de rôle, en évitant de laisser prendre de flanc les combattants : alors tandis que Corréos luttait, les autres sortent des bois ; De vifs combats isolés s’engagent . L’action  se prolongeant sans décision, le gros des fantassins, en ordre de bataille sort peu à peu des bois et força nos cavaliers à la retraite. Mais ceux-ci sont promptement secourus par l’infanterie légère qui, je j’avais dit, avait été envoyée en avant des légions et mêlée à nos escadrons  elle combat de pied ferme. Pendant un certains temps , on lutte à armes égales ; puis comme le voulait  la loi naturelle des batailles, ceux qui avaient été les premiers attaqués ont le dessus par cela même que l’embuscade ne peur avait causé aucun effet de surprise. Sur ces entrefaites  les légions approchent et simultanément  les nôtres et l’ennemi apprennent par de nombreux courriers que le Général en chef  est là avec des forces toutes prêtes. A cette nouvelle , nos cavaliers que rassure l’appui des cohortes , déploient une vigueur extrême, ne voulant pas avoir à partager avec les légions, s’ils ne mènent pas l’action assez vivement , l’honneur de la victoire ; les ennemis eux perdent courage et cherchent de tous côtés par quel chemin fuir. Vainement ; le terrain dont ils avaient voulu faire un piège pour les Romains devenait un piège pour eux . Battus, bousculés, ayant perdus la plus grande partie des leurs, ils réussissent néanmoins à s’enfuir en désordre  les uns gagnant les bois , les autres la rivière ; mais tandis qu’ils fuient, les nôtres au cours d’une vigoureuse poursuite les achèvent ? Cependant CORREOS que nul malheur n’abat ne se résout point à abandonner la lutte et à gagner les bois et il ne cède pas davantage aux sommations des nôtres qui l’invitent à se rendre ; mais combattant avec un grand courage et nous blessant beaucoup de monde, il finit par obliger les vainqueurs  emportés par la colère à l’accabler de leurs traits.                          

 

 

 

C’est le rève galate, c’est-à-dire gaulois, du héros modèle pour  Bitius, Camulogène, Vercingétorix, Correos : Mourir face à l'ennemi ; c’était  150 ans.avant le B.G.

 

Les Bellovaques demandent la paix      Chap XX

 

Ainsi venait de se terminer l’affaire quand César arriva sur le champ de bataille ; il pensa qu’après un tel désastre l’ennemi, l

orsque la nouvelle lui parviendrait, ne resterait plus dans son camp, dont la distance au lieu du carnage n’était disait-on que d’environ huit milles : aussi bien que la rivière lui opposât un obstacle sérieux, il la fait passer par son armée et marche en avant . Les Bellovaques et les autres peuples voient soudain arriver en petit nombre et blessés les quelques fuyards que les bois avaient préservés du massacre : devant un malheur aussi complet, apprenant la défaite et la mort de Correos la perte de leur cavalerie et de leurs meilleurs fantassins, ne doutant pas que les Romains n’approchent, ils convoquent sur le champ l’assemblée au son des trompettes et proclament qu’il faut envoyer à César des députés et des otages.

Chap XXI           Tous approuvent cette mesure ; Mais Comnios l’Atrébate s’enfuit auprès des Germains à qui il avait emprunté des auxiliaires  pour cette guerre. Les autres envoient immédiatement des députés à César; Ils lui demandent de se contenter d’un châtiment que sans aucun doute, étant donné sa clémence et sa bonté, s’il était en son pouvoir de l’infliger sans combat à des ennemis dont les forces seraient intactes, il ne leur ferait jamais subir «  Les forces de cavalerie des Bellovaques ont été anéanties ; plusieurs milliers de fantassins d’élites    ont péri, à peine si ont pu s’échapper ceux qui ont annoncé le désastre. Toutefois ce combat a procuré aux Bellovaques un grand bien pour autant que pareil malheur peut en comporter ; Correos auteur responsable de la guerre, agitateur du peuple a été tué. Jamais en effet …..

 

Chap XXII ,  Chap XXIII      La nuit suivante, les députés rapportent aux leurs la réponse obtenue, ils rassemblent les otages nécessaires ….

 

 

 


 

 

2/                           Historique : Les  sites proposés.

 Il y a eu sous Napoléon III et le début de la troisième République une certaine activité sur cette partie du B.G. que nous résumons à ce qui suit :

 Trois sites principaux – au moins - ont été proposés pour cette campagne. Nous ne vous les présentons pas in extenso  mais nous n'exposons que ce que nous en avons retenu pour notre version, les détails sur ces hypothèses figurant en annexes :



1 *-  L’avocat Renaud Rose, en 1866, part du postulat que toute la campagne  s’est déroulée en territoire bellovaque,  ce que dit en effet Hirtius, mais Rose limite celui-ci à la rive droite de l’Oise.

Cela lui fait placer le premier camp Belge au mont Ganelon, le camp de César de l’autre côté de l’Aronde, et l’embuscade finale près des bourgs de la Croisette et La Bruyère.

 Cette version présente de nombreuses objections et – à notre avis - doit être éliminée (Cf annexe N°1).

 

2 *- En 1938, Matherat, qui depuis 1930 effectue des fouilles dans la région de Clermont-sur-Oise, reprend la thèse de Peigné Delacourt qui, suite à la découverte en 1864 des fameux « ponts de fascines » près de Breuil-le-Sec, en avait déduit que le premier camp belge était Clermont. 

Matherat invente alors dans cette région, une campagne césarienne qui n’a que trop  peu de rapports avec le texte pour qu’on puisse la prendre au sérieux (cf annexe N°2)

Ce fut pourtant longtemps la thèse officielle (voir Constans dans l’édition des classiques Hachette de 1929)  et elle a encore des défenseurs.       Jacques Harmand, en 1959, la démolira.

 

 

 

3      Félix de Saulcy, vers les années 1860, en avait parlé, mais c’est surtout à  la fin des années 1950 que l’on voit apparaitre le Mont  Saint-Marc  

* - En 1959, Baillencourt,  dans la revue « Les Antiquaires de Picardie » donne une version qui serre le texte d’assez près et place le camp de Correos sur le Mont-Saint-Marc.  Il a ensuite le tort, à notre avis, de situer le second camp belge sur le mont Ganelon, ce qui n’est compatible ni avec le texte ni avec  les distances données par Hirtius.

 

*- En 1959 toujours, Jacques Harmand,  dans le Bulletin national des Antiquaires de France, publie une étude  qui éreinte la thèse de Matherat et penche, sans s’étendre davantage, vers  la région du Mont Saint –Marc.

C’est aussi, aujourd’hui,  la thèse de Constans dans l’édition des Belles Lettres.

                                     C’est également celle qui nous a paru la plus proche du texte . Nous la développons ici.

                     A notre avis, les alentours du  Mont-Saint-Marc sont le seul endroit, dans cette région des limites suessio-bellovaques , qui présente les caractéristiques permettant de lui appliquer le récit d’Hirtius.


 

 


3 /                                                        Prolégomènes.


                                                                     

La carte IGN ci-dessous présente l’aire d’action des Bellovaques et des Romains.

 

 

         Examinons d’abord les deux problèmes que nous rencontrons dans ce texte :  les frontières. et les qualités littéraires d'Hirtius .

            Notons au passage, que nous n’avons rencontré  un  problème de frontières que chez les Belges : aux campagnes de -57 et à l’occasion de  celle-ci. Peut-être parce que dans la Gaule celtique et en Aquitaine, les limites se rapprochaient de la notion latine ou de notre conception moderne,   plus probablement parce que les batailles au sud de la Seine se sont déroulées loin des confins.

- 1°/ D’abord les frontières.

        Personne ne sait rien de définitif sur ce sujet.  Ce que l’on croit savoir :                    

- 1°/ Lorsque deux cités étaient séparées, par exemple, par un cours d’eau, la plus puissante essayait de contrôler les deux rives de la  rivière (sauf s’il s’agissait d’un fleuve très important comme le Rhin, qui semblait faire frontière par lui-même).

- 2°/ Les Bellovaques étaient plus puissants que les Suessions (Cf.  BG, II, 4), et bien entendu que les Sivanectes,  qui n’étaient sans doute qu’un pagus à l’époque.   Il est donc raisonnable de penser que les premiers avaient débordé sur la rive gauche de l’Oise à hauteur de Senlis, (ce que les historiens semblent tenir pour acquis).

Quant à la zone de Compiègne ? Il n’y a rien d’affirmé, mais cela semble probable.

Il y a bien la tessère mentionnée par Madame Léman, trouvée au mont Berny ?  Mais cela repousse  peut-être la frontière un peu loin ?  Et l’inscription ne se rapporte peut-être pas au lieu de la trouvaille ?   Si la limite était effectivement sur le ru de Vandy, le rassemblement de la coalition au mont Saint Marc s’imposait : hauteur naturellement défendue, assez loin de la frontière suessionne  pour avoir le temps d’être prévenu d’une incursion ennemie, et sur la rive gauche de l’Oise pour n’avoir pas besoin de commencer l’offensive par un franchissement important, éventuellement « sous le feu ».                                                                                                                                  

-3°/ Des « zones de non-droit » sous forme de bandes de terrain vides, officiellement neutres, mais plus ou moins contrôlées par le plus fort, tenaient lieu de séparation (frontières ?)  entre les cités.

           Tout le monde semble d’accord pour considérer que les limites entre civitas  revêtaient en général cette forme, chez les Belges tout au moins, mais le problème  demeure cependant : :

          Où exactement placer  ces  no man’s lands ?   Et quelle profondeur leur donner ?

 

            Nous prendrons  pour acquis que les Bellovaques  régissaient une partie ( ?) de la rive gauche de l’Oise, entre le confluent de l’Aisne et Creil.

 

- 2°/ La rédaction d’Hirtius,

            Tout d’abord, appliquons le principe d’Antoinette Brenet,  qui prescrit  de considérer que le déroulement du texte suit exactement la chronologie des évènements.

              Ensuite,  constatons que, soucieux sans doute de livrer un texte concis, Hirtius se permet des omissions qui rendent sa relation parfois obscure, car on hésite alors sur l’endroit exact où il faudrait situer ces « oublis », et sur leur contenu.

          Tout va donc dépendre du choix qu’on fera de l’emplacement de ces blancs, et de la signification qu’on leur donnera.

                 Regardons ces questions toujours en considérant  que le premier camp belge se situe au Mont-Saint-Marc

      

       Une des principales justification de ce site , présenté sur la carte ci-dessus, est de permettre de comprendre le récit d'Hirtius  sans avoir à le déformer par d'autres détails que ce qui nous semble utile à la compréhension du texte, mais devait paraitre futile à Hirtius, et qu'il n'a pas mentionné.

 Ces problèmes sont surtout importants à propos des préliminaires de la campagne :

 

*- Si l’on place le camp initial de César au cœur du pays bellovaque, sur la rive droite de l’Oise, comme le fait Renaud Rose, c’est une interprétation littérale du texte.

*-  Il en est de même lorsque l’on  met le rassemblement des troupes romaines en pays suession, conformément au récit d’Hirtius et comme  conséquence des  ordres envoyés à Fabius.

*- Si l’on place maintenant ce camp dans la forêt d’Halatte, considérant qu’Hirtius a omis de nous dire qu’en chemin, César, compte tenu des renseignements recueillis, avait envoyé l’ordre à Fabius de le rejoindre en face de Pont-Sainte-Maxence, c’est peut-être aller un peu loin dans les suppositions.

            Cependant,  chaque  option entraine son lot d’avantages et d’inconvénients :

    * - a) Mettre le rassemblement du corps d’armée de César chez les Suessions est l’application littérale du texte ;  c’est  affirmer  que le récit  de la Guerre des Gaules est une relation exacte au mot près.

      Mais cela implique de faire ensuite progresser les troupes romaines vers l’Ouest en Suessionnie  jusqu’à l’Oise – en traversant ou pas cette rivière  – si bien que César, en arrivant sur ses rives, va s’apercevoir que le pays n’est pas envahi.  Cette constatation faite, il va décider de camper sur place, jusqu’à ce qu’il ait obtenu des renseignements  sur l’emplacement de la mobilisation belge qui, visiblement n’est pas terminée, et probablement  attendre Corréos à la traversée de l’Oise, moment où il sera très vulnérable.

Cependant,  en chemin  il va buter, sans avoir besoin de les chercher, sur les forces belges qui se rassemblent à l’Est de l’Oise : Il n’enverra donc pas ses cavaliers à leur recherche, et Correos, de son côté,  saura exactement combien de légions l’accompagnent.

Accessoirement, cela lui fera aborder le Mont-Saint-Marc par l’Est, alors  que le texte dit le contraire (Voir ci-après le chapitre « La Confrontation », et la carte « l’Arrivée de César »).               

               Nous nous heurtons, pour cette version du texte,  à une impossibilité.

 

  *- b) Placer le camp initial de César au cœur du pays bellovaque est une interprétation conforme au récit d' Hirtius. 

Cependant César, pour y parvenir,  puisqu’il vient d’Orléans,  a été obligé de traverser l’Oise,  et par conséquent de monter une véritable manœuvre : nous sommes en pays ennemi, au minimum sur une des rives. 

  Que Hirtius ait inséré des omissions dans le cours de son exposé  nous semble évident  chaque fois que nous nous  posons une question sur la continuité du récit, ou sur un fait qui semble diverger de l’exposé antérieur.

Mais il n’aura pas passé sous silence un point essentiel de la campagne, comme une opération de franchissement.   Il se donne même la peine d’insister par deux fois sur les difficultés de traversée de cette rivière.

De plus,  si César a passé l’Oise pour rechercher Correos, il va lui falloir recommencer pour parvenir au Mont-Saint-Marc, ce que Hirtius ne nous dit toujours pas : il nous dit seulement que César  traversera l’Oise après la mort de Corréos.

                             Cette version est très improbable.

 

* - c) Décider que César a modifié ses ordres à Fabius en chemin, lorsqu’il apprend que la coalition n’a toujours pas démarré, facilite la compréhension logique du déroulement de la campagne, et semble une conclusion évidente du point de vue militaire, au vu de la suite du récit.

Cela donnerait ceci : César part d’Orléans avec la 11° légion, ramasse à l’Est de Lutèce le corps envoyé par Labienus qui vient du pays séquane par Langres et Troyes, puis fait sa jonction au nord de Meaux avec Fabius, dont il a modifié les ordres initiaux.  Il part ensuite placer son camp en face de Pont-Sainte-Maxence  : M. Roblin attribue en effet aux Bellovaques les collines de ce qui sera la forêt de Halatte, surplombant Senlis au nord.

D'autre part, Fabius n’a pas pu traverser d’Est en Ouest le pays suession jusqu’à l’Oise, et rejoindre ensuite Pont-Sainte Maxence : Il aurait buté sur la coalition en train de s’installer, et César n’aurait pas eu besoin de la chercher. Les deux légions de Reims auraient même risqué d’être attaquées par les troupes belges déjà en place.  Fabius a donc quitté le pays suession (ou le pays rémois ?) à une distance de l’Oise qui se trouvait hors de la zone de renseignement de Correos.

 

                Mais c’est tordre le texte du livre VIII, et lui fait dire ce qui n’y est pas écrit :

Cela ressemble furieusement aux procédés de M. Reddé qui part du principe, chaque fois que cela l’arrange, que César est un menteur et qu’il faut interpréter le texte du BG afin de  le faire coller au paysage qu’a choisi M. Reddé, ou à la théorie qu’il défend.

         Et si nous acceptons  de bon gré, pour cette interprétation du livre VIII, d’être accusés de faux- ou de contre-sens, nous n’avons jamais voulu faire nôtres ces méthodes.

 

           Cependant, pour cette campagne, c’est la seule solution qui permette une approche logique du texte.

                            Avant de décrire ce que fut cette campagne, regardons les cours d’eau qui ont vu passer les deux armées.

 

 

4/ - L’hydrographie de la région.


-  l’Oise , l’Isara de César, arrive de Thuin à l’Ouest de Namur et  devient navigable une fois sortie des Ardennes. Son val,  plus au sud, sépare le pays suession du pays bellovaque sans autre précision, avec trois gués identifiés vers ce lieu qui sera appelé Compiègne sous les Mérovingiens ; ce sont le Clos des roses devenu  barrage, la confluence avec l’Aisne et l’Aronde , et Thourotte / Montmarcq, au nord .

     C’était une rivière N.S. d’importance, difficile à franchir, aux rives boisées surtout à l’Est. Plus au sud, en entrant dans les pays sableux (exemple Ermenonville) elle va tourner vers l’Ouest à hauteur de l’Automne et se perdre dans une zone marécageuse.

                   L’Oise, dans notre secteur a été sérieusement aménagée et est navigable - au sens du XXème siècle - avec beaucoup de dragages et de béton. La naissance de la ville de Compiègne sur un terrain type champagne pouilleuse  en face de Margny, plus ancienne, ainsi que la construction du Château ont participé à l’altération de la surface du sol depuis César.

- L’Aisne , l’affluent Est Ouest vient des environs de Verdun et, après être allé au nord jusque  vers Reims, tourne à l’Ouest vers Soisson, aspiré par le récent synclinal alpin et une faille qui le borde au Sud. Rappelons que plus à l’Est  le fort de Condé, lieu de la première empoignade de César contre les Belges à la bataille de l’Aisne en -57, est de facture similaire à notre Mont St Marc. Cette rivière sépare le territoire Suession en deux  parties inégales avec au Nord le riche plateau picard assez peuplé et fertile, et au sud une zone de forêts dites de Compiègne qui continuent à servir de terrains de chasse, mais peu peuplée et peu fertile, car similaire à la Champagne Pouilleuse qui est plus à l’Est.

                       L’Aisne, à cet endroit, est bordée  au sud par une série de hauteurs tertiaires, coiffées  par les argiles de Laon qui surmontent la tranche des calcaires nummulitiques formant quasi falaise.

- Le Ru de Berne est un petit affluent de l’Aisne au sud qui se jette dans l’Aisne par un lit encaissé  et précédé par un vallon marécageux qui coule au sud du Mont St Marc                    

- L’Aronde, affluent occidental de l’Oise, de direction hercynienne, arrive au confluent et ancien gué de l’Oise avec l’Aisne, ensablé de nos jours, mais qui coulait plus vigoureusement avant l’aménagement du lit de l’Oise. Ce ru borde par le sud le mont Ganelon, téton nummulitique au bord de l’Oise. Au sud s’étale le périclinal  de Compiègne  culminant sur une couche de limon fertile.                               

 - Le Mast, ru également de direction hercynienne qui borde au Sud les hauteurs  de l’ère tertiaire, plus précisément nummulitiques, de St Claude, très tarabiscotées  et fertiles.

- A mentionner la rivière Automne qui passe à Morienval  plus au sud et qui marque la fin nord  des dépôts sableux type Ermenonville.

 

Les Gués


 A cette époque les hommes étaient sans doute plus résistants que nous, et pour traverser une rivière,  utilisaient en général – faute de ponts - des gués plus ou moins aménagés, et des bacs, quand ils étaient riches  ou que leur chargement  l’imposait.

 L’Aisne  est quasi guéable un peu partout vers Rethondes.

             Trois gués sur l’Oise intéressent notre campagne :

Celui  du confluent Aisne/Oise au pied du Mont Ganelon était connu,

comme celui du Clos des Roses au sud de Compiègne devenu l’actuel barrage.( point rouge de la carte)

Le gué du Nord n’était pas pris en compte par les archéologues. Commentons ce dernier :

   Le lit de l’Oise a été remodelé par l’Homme depuis le XVIIème, pour le rendre navigable et  assurer la pérennité du 3 ème trafic français  des pondéreux  entre le pays minier et Creil.  Thourotte  et Montmacq sont situés, l’un sur la rive droite en terre viromande, l’autre en face chez les Suessions. Le nom de Thourotte serait inspiré des tours du camp romain qui garda le gué  plus tard. L’usine de verrerie de St Gobain s’est installée là au confluent de l’Oise et du Matz  lequel était riche en sable de bon quartz. Cette rivière va croiser le canal en souterrain  Des  vestiges romains ou gaulois ont été mis à mal lors les travaux en 1969 de modernisation de la canalisation de l’Oise, probablement souhaitée par la verrerie de St Gobain et par l’urbanisation active ; ils n’existent plus, mais ils ont permis d’identifier ces anciens gués bien placés pour notre affaire vers le pont actuel de Montmacq face à l’usine, avec une partie en terre, une partie empierrée et ensuite le classique fond bourbeux ( lire les rapports fumeux et imprécis de la société archéologique de Compiègne-  Noyon de 1970). Ce gué nord, qui sert au chemin Pierrefond - St Marc- Thourotte est bien situé pour les sorties des Bellovaques / Viromandes en direction du pays Suession.


 

 

5 / Résumé de la Campagne (BG – VIII, 6-23)

      

- A/ - Le déplacement de César

            Les Bellovaques se soulèvent et entrainent les Ambiens, les Aulerques, les Eburons, avec aussi les Calètes, les Véliocasses, et les Atrébates de Commios. Ils ont l’intention de ravager le pays des Suessions, alliés des Rèmes et des Romains.                                              Correos, leur chef, rassemblera sa coalition en pays bellovaque,  mais près de la frontière suessionne. 

          Lorsque César apprend cette rébellion il est à Orléans.

Il convoque la 11° légion qui hiverne  chez les Ambivarètes (que Benoist et Dosson, dans l’édition Hachette de 1914, placent entre les Bituriges et les Héduens), demande à Labiénus de lui envoyer une de ses deux légions de Séquanie, et envoie un courrier à Fabius (qui est en quartier d’hiver chez les Rèmes) lui ordonnant de conduire ses deux corps chez les Suessions.            

César aura donc quatre légions avec lui : les 7, 8, 9 et 11. Il semble prévoir initialement de les rassembler dans le pays suession.

Ayant regroupé son armée (mais nous ne savons pas où ?), il installe son camp en pays bellovaque, sans qu’Hirtius  nous indique précisément à quel endroit.

               Plaçons-le faute de mieux en Forêt d’Halatte, au sud de Pont-Sainte-Maxence.

                César  estime certainement que le rassemblement belge s’effectuera près de la frontière avec la Suessionie, probablement sur la rive droite de l’Oise, entre Noyon et Creil, plus précisément vers le confluent de l’Aisne.  Évitant de s’enfoncer à l’aveuglette en pays ennemi, il lance des reconnaissances de cavalerie pour découvrir l’implantation et les intentions des Belges.

Il apprend ainsi  que ceux-ci sont proches, et ont établi un camp sur un plateau situé au milieu d’une forêt entourée d’un marais.  Leurs bagages sont en arrière.

Une fois de plus, le souci d’Hirtius de nous livrer un texte concis,  lui fait occulter certains détails :       Il raconte que les cavaliers s’étant acquittés de leur mission, rapportent que les Belges sont à proximité. César se met en route et arrive en vue de l’ennemi plus tôt qu’il ne s’y attendait (VIII, 8).      Cela peut signifier qu’à peine parti, il bute sur le Mont-Saint-Marc, et que son camp initial se trouvait à une journée de celui-ci ?

             Après coup, on peut estimer que Correos n’ait pas voulu placer le rassemblement de ses alliés sur la rive droite de l’Oise, au milieu d’une population (bellovaque)  qui eut été livrée aux exactions et rapines de ces bandes, dont la discipline  devait être assez lâche hors du combat.  En situant le rendez-vous de la coalition dans le no man’s land qui le séparait des Suessions, il évitait ce désagrément, en même temps qu’il se garantissait contre un franchissement difficile par ses troupes en présence éventuelle de l’ennemi. 

 Notons que lorsqu’il choisira un emplacement pour son second camp, il rassemblera ses forces aux limites du pays des Viromandues, et peut-être même chez eux.

       On retrouvera un souci analogue  quelques mois plus tard, chez Lucterios, quand celui-ci cantonnera ses brigands et ceux de Drappes hors les murs de la bourgade d’Uxellodunum.

 

- B/ - La confrontation.

            César s’avance sur la rive gauche de l’Oise (S’il était arrivé par la rive droite, il aurait été obligé de  retraverser la rivière, et Hirtius nous l’aurait dit), et découvre le  Mont-St-Marc  couronné par l’armée belge.   Il en est séparé par une vallée plus profonde que large.

           Correos, malgré les dispositions d’attaque immédiate qu’il avait prévues, reste sur son plateau, peut-être parce qu’il n’escomptait pas une arrivée si rapide du Proconsul (sans doute avait-il, lui aussi, mal estimé soit la distance qui séparait le camp romain de sa position, soit à cause de la rapidité de décision et de déplacement de César ?).

            Le proconsul  établit alors son camp à proximité, face à celui de Corréos,  dont il est séparé par une rivière qui forme un marais et comporte des gués visibles des deux camps. 

            Le récit d’Hirtius présente ici une apparente contradiction quand, parlant de la rivière baignant le pied du plateau où se sont installés les Belges, il la décrit une fois comme courant dans une vallée encaissée, et une page plus loin comme paressant dans une plaine au milieu de marais.                                                                                                                                                                             

En réalité, il donne les deux aspects successifs sous lesquels il a vu le ruisseau de Berne, lors de son arrivée.
  Cela implique qu’il arrive en vue du Mont-Saint-Marc par le Sud-Ouest, le seul côté du plateau qui soit bordé par un vallon encaissé.

La carte géologique illustre ce propos plus clairement que la carte IGN montrée plus haut.


 

 

       Le camp romain est établi en face du camp gaulois à l’ouest du Mont-Saint-Pierre que César a sans doute inclus dans son camp.           Celui-ci est tracé dans la zone relativement plate, située au sud du camp gaulois, en face de ce qui est aujourd’hui le village du Vieux Moulin.           Hirtius nous décrit complaisamment les défenses de ce camp, qui ne joueront aucun rôle actif  dans cette campagne.

           Comnios l’Atrébate qui était allé chercher des renforts chez les Germains proches (sans doute les Germains cisrhénans habitant à l’Est du pays nervien), en revient avec 500 cavaliers.

        Voyant que les Belges refusent de quitter leur plateau, se contentant d’escarmoucher à travers le marais qui sépare les deux positions,  et lui causant quotidiennement des pertes parmi les valets envoyés au fourrage, voyant aussi qu’un assaut de leur plateau serait trop coûteux en hommes, César décide d’investir la place mais estime ne pas posséder, pour ce faire, assez de monde : Les effectifs belges étaient importants et le mont Saint-Marc naturellement bien protégé: L’ensemble des cités révoltées présentes ici, avaient été taxées par Vercingétorix, l’année précédente, de 32.000 hommes.  Si l’on considère qu’ils ont probablement été de ceux qui ont peu souffert dans le Jura parce qu’ayant décroché dans les premiers, se sentant moins concernés que d’autres par la révolte des Arvernes, et compte-tenu de la distance à parcourir pour rentrer chez eux,  on peut évaluer à 18 ou 20.000 hommes l’effectif de la coalition (Hirtius parle de « multitude» (BG VIII, 9).      Or l’effectif de César avait certainement souffert de la campagne de -52 et ses quatre légions n’alignaient sans doute pas un effectif très supérieur à celui des Belges.

                    Il mande donc Trébonius avec ses deux légions de Cénabum, les Six et Quatorze, et  la Treize de Titus Sextius, qui hiverne chez les Bituriges.   Il aura ainsi sept légions : les trois anciennes 7,8, et 9, une légion de huit ans d’ancienneté la 11, deux corps qui en ont sept, la 13 et la 14, et une légion de jeunes, la 6, recrutée après le massacre d’Atuatuca en 54.

                 Les escarmouches s’intensifient aussi bien sur les lieux de fourrage, qu’aux gués entre les deux camps.

              Lorsque les Bellovaques apprennent l’approche de Trébonius, ils décident de se replier sur un emplacement moins facile à investir : le siège d’Alesia, l’année précédente, qui a provoqué la défaite de Vercingétorix, est encore dans toutes les mémoires.

 Ils commencent pendant la nuit à évacuer les non-combattants et les bagages légers. Surpris par l’aurore, ils se rangent en bataille devant leur camp pour continuer l’évacuation  en sureté.

          César  s’aperçoit que la hauteur qui, « de l’autre côté du marais touche presqu’au camp ennemi, n’est séparée de leur plateau que par un petit vallon » (c’est le mont Coilet). Il fait jeter des passerelles sur le marais.   C’est la mention de ces « pontibus » et la trouvaille de quelques fascines dans le ruisseau de la Brèche, qui ont déterminé Peigné-Delacourt puis Mathérat à inventer la bataille à Clermont.                   Or le mot « Pons » semble aller de la simple planche – que l’on n’a aucune chance de retrouver après 2.000 ans – à toutes sortes de passerelles, jusqu’au  pont de pierre traversant une rivière.

  César traverse donc le marais, et grimpe sur cette hauteur proche du camp belge. Là, il forme ses légions en bataille et les fait avancer jusqu’au bord faisant face au camp ennemi, d’où il peut atteindre les Bellovaques avec son artillerie.

César fait tracer un camp sur cette hauteur, range des troupes devant celui-ci et place des détachements de cavalerie prêts à la poursuite.

                     A la faveur d’un stratagème, les Gaulois décrochent à la nuit, et vont installer un camp dans une position très forte (VIII, 16), à dix milles au plus du premier.

César reste dans sa position initiale.

 - C/ - Le camp numéro 2


           Nombre d’historiens ont placé ce deuxième camp sur le mont Ganelon.         Mais on se heurte là, à trois impossibilités :

- D’abord, les distances ne sont pas celles que donne Hirtius, cette hauteur est située trop près (huit kilomètres environ) du Mont-Saint Marc, par rapport aux quinze kilomètres donnés par le BG.

- Ensuite, ce plateau ne comporte pas d’eau, et ne saurait donc abriter une forte population pour un séjour prolongé : Tout au plus aurait-il pu servir de dépôt des bagages dans la première partie de la campagne, avec un petit effectif de garde.

- Enfin, sa topographie de table isolée en fait un objectif facile pour un investissement par  l’armée romaine.  Or les chefs bellovaques, qui abandonnent le mont Saint-Marc parce qu’ils y craignaient un siège semblable à celui d’Alésia, ne vont pas s’installer sur un plateau présentant les mêmes risques.

                      Ce camp N° 2  pourrait être situé – et la géologie conforte cette possibilité - sur la Plaine du Maréchal, et/ou éventuellement sur La Croisette, au nord des villages de Chevincourt et de Machemont.                                                 

          Correos  a, pour effectuer ce déplacement, soit traversé l’Oise au gué du confluent avec l’Aronde, soit franchi l’Aisne –probablement à un gué près de Choisy-au-Bac -  pour rejoindre la Plaine du Maréchal par le gué de Thourotte /Montmacq. 

 Pour avoir moins de 10 miles à parcourir , on peut penser qu’ils vont aller au plus court et donc probablement passer l’Oise à Montmarcq à la sortie de la forêt de Laigue,  par le gué complexe retrouvé en 1969 lors de travaux pour la navigation du canal de l’Oise, vers le pont Bellerive de Montmarcq au confluent avec le Matz, face aux usines St Gobain actuelles : le gué s’étale sur 100 à 200m  avec une partie empierrée ( les travaux de navigabilité la déterreront pour être réutilisée ailleurs) en amont du pont de Bellerive, pas loin de la rue du Bac.          Cet itinéraire est plus direct et  peut-être a l'avantage d'utiliser un no-man's land frontalier, ce qui permet un déplacement discret, et peut rendre plus difficile la poursuite des Romains.  Par contre, il impose le passage à gué de deux grosses rivières, et un déplacement entre les deux en pays ennemi. En effet, si on est à peu près sûr du contrôle  bellovaque sur la rive gauche de l'Oise en aval du confluent de l'Aisne, on ne sait pas à qui appartenait cette rive en amont du confluent.  De plus, depuis que César est au Mont Saint Pierre, les Suessions ont pu s'enhardir et réoccuper, s’ils l’avaient abandonné,  le triangle de la forêt de l'Aigue.

            L’autre chemin est plus long car il impose de faire le tour du Ganelon, mais passé l'Oise, il est "sécurisé" car tout entier en pays bellovaque.
      On ne sait donc pas quel itinéraire les Belges ont emprunté, mais cela n’a eu aucune influence sur le déroulement ultérieur de la campagne, puisqu’ils ont effectué leur fuite sans dommage .

              Cette deuxième position, beaucoup  plus difficile à investir que le Mont-Saint-Marc, (de petites dimensions et isolé entre deux cours d’eau),  a de plus  l’avantage, grâce au gué de Thourotte, d’être toujours une base d’invasion intéressante vers la portion riche du pays suession - celle qui est située au nord de l’Aisne - au cas où César, voyant l’impossibilité d’assiéger ce nouveau camp, las d’attendre une bataille rangée que les Belges se garderont bien de lui offrir, et se refusant à un assaut trop couteux en hommes, serait obligé de rentrer en Gaule, appelé par d’autres problèmes.

 

 - D/ - Le piège. 

          Quelque temps plus tard, la confrontation ultime a lieu sous forme d’une embuscade montée par Corréos, sur les fourrageurs romains, dans une plaine d’au plus quinze cents mètres en tous sens, entourée de bois et bordée d’une rivière très difficile à franchir (VIII, 18), qui formait un piège naturel pour la troupe romaine.

                 César, renseigné par un prisonnier, décide de châtier le Bellovaque qui a prévu de n’engager  dans cette affaire que 7.000 hommes d’élite.

 Lorsque les fourrageurs sont au travail, et que Correos se montre avec quelques guerriers, les cavaliers d’escorte romains entrent en lice. Les Belges  sortent alors des bois et attaquent cette troupe.  La mêlée reste indécise jusqu’à l’arrivée de César avec plusieurs légions, qui transforment cette plaine en piège mortel pour les Gaulois, et entrainent leur déroute.                                                                Correos se fait tuer, les Belges tentent de fuir par les bois ou en traversant la rivière (VIII, 19) mais bien peu y réussissent : Les Romains massacrent les fuyards. 

                  Mais le gros de l’armée belge n’était pas là, et  même si Corréos y avait sélectionné les meilleurs de ses combattants, il n’y avait que 7.000 guerriers dans cette embuscade,  ce n’était qu’un coup de main sur des fourrageurs, plus important que les autres parce que le Bellovaque avait voulu intimider César en anéantissant cette fois la totalité des valets et de l’escorte, dans cette prairie close, qui constituait en effet un joli piège pour les fourrageurs.

 

- E/ - Où a eu lieu cette embuscade ?

                    César n’a pas changé de camp, il est toujours  au carrefour du Beaurevoir,  à l’ouest du mont Saint-Pierre. 

         Ses valets vont fourrager dans le sud-est de l’angle formé par l’Aisne et l’Oise, sans franchir ces deux rivières, car,  outre qu’il est difficile, sans noyer des bêtes, de traverser - même à gué - des rivières de cette importance avec des animaux portant une lourde et encombrante charge de foin, ce serait, pour des valets  escortés d’une troupe légère, offrir à l’ennemi l’occasion de victoires faciles que de s’aventurer dans des expéditions dont le retour serait rendu problématique par le franchissement de cours d’eau de cette importance, sous la pression ennemie.   

                  Il y avait sûrement des granges encore pleines ou des meules de foin dans la région de  l’aérodrome actuel , mais elles n’étaient pas utilisables par les Romains à ce moment de la campagne.       

Si même les Romains avaient eu la tentation de risquer cette imprudence, le revers subi quelque temps auparavant par les Rèmes (VIII, 12), les en eut dissuadés.

                Hirtius nous confirme que la rivière qui bordait la plaine d’affourage était importante et qu’elle présentait de grandes difficultés de franchissement lorsqu’il nous dit (VIII, 20) que les fuyards qui réussissent à rejoindre leur capitale sont « ceux que les bois avaient préservé du massacre ».   Ce qui sous-entend que ceux qui avaient essayé  de s’enfuir en traversant la rivière ont péri, soit noyés, soit tués par les traits et les balles de fronde romains, parce qu’ils avaient été obligés de tenter la traversée à la nage.  Il n’y avait donc pas de gué à cet endroit.

 Maurice Rat, Constans et certains historiens placent l’embuscade en face de Choisy-au-Bac, sur la rive gauche de l’Aisne. Il y a là une zone fertile, qui avait sans doute été mise à profit par les paysans de l’époque, mais elle est bordée par les deux rivières, et Hirtius n’en mentionne qu’une.

 L’embuscade aurait pu avoir lieu à l’est de cette zone, en face de la butte du Chatelet, mais on se heurte alors à deux impossibilités :

- D’abord la présence probable de deux gués, l’un sur l’Oise et l’autre sur l’Aisne vers  Choisy-au-Bac, qui auraient facilité la fuite des Belges, et ainsi évité leur massacre dans la rivière.

- Ensuite le texte qui nous dit qu’après la défaite de Correos, César franchit  la rivière qui bordait la plaine de l’embuscade : or, il n’a rien à faire au nord de l’Aisne, dans le pays suession, ses préoccupations au contraire, l'attirent vers l’Ouest, vers le cœur du pays bellovaque et les cités révoltées, en traversant l’Oise de la rive gauche à la rive droite . :  

 

         La rencontre a donc eu lieu sur la rive gauche de l’Oise, vers  Compiègne (ou du moins près de ce qui le deviendra), à un emplacement sans gué.

 La géologie confirme d’ailleurs  cette interprétation :


La récolte avait pu croitre dans les alluvions de l’Oise qui – sur la rive gauche - descendent en pente très douce vers la rivière,  là où il n’y a pas de gué ;  la rive opposée est plus abrupte et la rivière la borde.               

     La position du mot embuscade sur la carte sert à attirer l’œil  du lecteur vers le nord d’une zone  d’alluvions assez large et donc propice à la culture des céréales. Elle est  en blanc sur cette carte géologique et située aux distances des deux camps indiquées par Hirtiuss, sachant que la zone coloriée en  jaune est peu fertile. Si l’on situe cette embuscade vers le nord du château, la précaution qu’avait sûrement prise César avec ses légions, de cerner toute la plaine d’affourage, a empêché les Belges de s’enfuir par le gué du Clos des Roses.

        Si l’embuscade avait eu lieu sur la rive droite, les Belges, pour échapper aux légions, n’auraient pas eu besoin de traverser une grosse rivière en s’enfuyant, pour rejoindre le camp N° 2, ou pour s’évanouir dans le pays bellovaque.

 

         Quel est donc  l’emplacement précis de cette embuscade ?

 - Quelque part entre Lacroix-Saint-Ouen et les faubourgs nord de Compiègne, dans ce qui était à l’époque une clairière de quinze cent mètres de côté, sur les bords Est de l’Oise,  à douze kilomètres de la Plaine du Maréchal. Cette position est celle donnée par la carte ci-dessus

                    

 - F/ - La poursuite de la campagne.

               Hirtius nous dit alors (BG, VIII, 20) qu’arrivé sur les lieux après la fin de cet affrontement, César, malgré l’obstacle sérieux que lui opposait la rivière, décide de la traverser.              

 Mais -  et c’est là que les ellipses d’Hirtius risquent de nouveau de nous induire en erreur -  cela ne s’est pas fait dans la foulée, juste après la fin du combat ! 

Quel en eût été l’intérêt ? :   Massacrer quelques fuyards supplémentaires ? Ou attaquer le  camp N° 2 qui sera désert quand il y arrivera ?   

En effet ce camp N° 2 n’est pas la capitale du pays bellovaque, il ne contient, comme le camp N° 1, que ceux qui doivent participer à l’expédition  Ce serait  une capitale trop proche des frontières du pays, placée de surcroit dans une bande de terrain ,au nord du ruisseau de Matz que la tradition attribue aux Viromandues.

           Ce n’est pas au camp N° 2 que sera convoqué au son des tubas le  conseil de la Cité (VIII, 20) pour décider l’envoi à César de députés et d’otages, c’est dans la capitale des Bellovaques que les « sénateurs » décideront de demander la paix, à l’arrivée des quelques fuyards que les bois avaient préservés du massacre (VIII,20).

                      D’ailleurs Hirtius le dit : César est persuadé qu’apprenant un tel désastre, (et surtout la mort du chef des coalisés) l’ennemi ne restera pas dans son camp (VIII, 20) : il suppose que toute la coalition va se dissoudre, chacun rentrant chez soi. Seuls des plénipotentiaires alliés resteront dans la capitale, attendant, de savoir l’attitude de César à l’encontre des Bellovaques, avant de négocier la reddition de leur propre Cité.                                                                                                                                                                        Et si cette supposition de César s’était avérée fausse, si les forces coalisées étaient restées sur les collines du camp N° 2, sa dévotion envers son ancien chef aurait dissuadé Hirtius de nous  rapporter cette erreur d’appréciation César  doit maintenant s’occuper de la coalition .  Il lui faut d’abord regrouper ses forces, et s’occuper des morts et des blessés, qui, même s’ils sont peu nombreux, ne peuvent être abandonnés. Car son armée est coupée en  deux : au bord de l’Oise, une troupe qui vient d’effectuer  une marche forcée sans bagages, dont une partie est égaillée dans la forêt à la poursuite des rescapés,  et à douze kilomètres en arrière, le camp où restent une partie des légions et tous les bagages de l’armée.

               Il va donc prendre le temps d’organiser le franchissement de l’Oise, en utilisant bien sûr les gués existants – dont sans doute celui du confluent de l’Aronde, et l’autre plus au sud vers le Clos des Roses –  en installant une tête de pont qui lui permettra de traverser sans risques, puis d’établir un camp vers l’aérodrome.

            Lorsque César  entreprend donc de faire passer la rivière à son armée, ce n’est pas pour aller vers le camp N°2 qu’il sait vide, mais pour vaincre la coalition belge, maintenant que la menace sur les Suessions a disparu.  Il va donc (VIII, 20) se diriger vers l’Ouest, vers les capitales des  cités révoltées, et en premier lieu vers celle des Bellovaques, dont d’ailleurs nous ignorons toujours l’emplacement.

             Quand tout le monde sera passé, il reprendra sa progression et recevra les plénipotentiaires bellovaques,  un jour où il se trouvera selon toute apparence à une journée de marche de leur capitale puisque ceux-ci pourront, dans la nuit, rapporter les exigences de César à leurs notables (VIII, 23).                                                                                                                                                                   Mais  c’est encore ici un des blancs du texte d’Hirtius : L’arrivée des survivants de l’embuscade déclenche, dans la capitale bellovaque, la décision d’envoyer des plénipotentiaires à César. Ceux-ci pourront rapporter « dans la nuit » ses propositions d’armistice à leurs mandants : ce qui veut dire que la position de César à ce moment-là, n’était qu’à une journée de la capitale bellovaque.

                       Or  l’incinération des morts, la levée du camp de l’armée romaine, le franchissement de l’Oise, et l’installation sur la rive droite, ont pris un certain nombre de jours, peut-être plus  que la discussion au sein de l’aréopage bellovaque pour l’envoi des députés au proconsul : la décision dut être prise assez rapidement, pour éviter à la patrie bellovaque d’être mise à feu et à sang.

                     Finalement, c’est peut-être à cause des omissions d’Hirtius que l’on n’a jamais pu  retrouver la capitale des Bellovaques.